S'informer : La biodiversité des jardins

Animaux, plantes et habitats font la richesse de votre jardin et participent à son équilibre et à son esthétisme. Cette rubrique vous permet de mieux connaître cette biodiversité et vous donnera des conseils pour l’accueillir dans votre jardin !

Le frelon à pattes jaunes (ou frelon asiatique pour les intimes)

Un fléau pour les abeilles

Le frelon à pattes jaunes, communément appelé « frelon asiatique » dans les médias, et plus connu sous le nom charmant de Vespa velutina chez les férus de faunistique et d’entomologie, est un insecte social de petite taille. Cet hyménoptère est apparu en France il y a une quinzaine d’années. Originaire d’Asie continentale (Inde et Chine), il s’est bien adapté au climat Français tout en colonisant d’autres aires géographiques dans toute l’Europe.

Paris, FRANCE: Recent photo of an Asian predatory wasp (vespa velutina), a predator of honey bee hives, which has installed itself in several southrn regions of France AFP PHOTO JEAN HAXAIRE (Photo credit should read JEAN HAXAIRE/AFP/Getty Images)

Paris, FRANCE: Recent photo of an Asian predatory wasp (Vespa velutina)(Photo credit JEAN HAXAIRE/AFP/Getty Images)

Les premières infestations en France datent de 2004 : ce prédateur invasif des abeilles a été recensé la première fois dans le sud-ouest français non loin de la frontière espagnole. Sa propagation est très rapide : il est capable de parcourir 100 km par an. Il n’existe actuellement aucune méthode efficace pour contrôler cette espèce, qui va probablement coloniser la majeure partie du continent ainsi que d’autres régions du monde.

Comment les populations de frelons à pattes jaunes se propagent-elles ?

Comme beaucoup d’insectes sociaux, Vespa Velutina produit plusieurs colonies à partir d’une seule reine après l’hibernation. Seuls les futures reines (qualifiées de « fondatrices ») survivent à la période hivernale. Après l’hibernation, chaque fondatrice fécondée construit un nid primaire. Ainsi, la colonie, initiée par un individu unique, se développe à travers la saison chaude, en produisant jusqu’à plusieurs milliers de travailleurs, avant de décroitre finalement et de mourir à l’automne après l’apparition de la nouvelle génération d’individus. À cette date, la colonie aura élevé des centaines de mâles et de nouveaux fondateurs capables de s’accoupler et de produire ensuite de nouvelles colonies. Ce cycle de vie efficace initié par un seul individu fait des frelons de redoutables envahisseurs.

Les impacts du frelon asiatique sur la biodiversité

  • Une nouvelle menace pour les abeilles

Les frelons asiatiques sont une menace sérieuse pour l’activité apicole. Vespa velutina est un prédateur connu des abeilles en Asie. En effet, les ouvriers volent près des ruches, attrapent leur proie en volant, atterrissent à proximité pour les transformer en bouillie et les ramènent au nid pour nourrir les larves. Cette prédation peut être intense vers la fin de l’été, lorsque la population ouvrière atteint son maximum alors que la couvée doit être nourrie.

Les espèces d’abeilles asiatiques sont capables de résister à ces attaques. En s’agglutinant sur leur prédateur, elles augmentent la chaleur de ce dernier qui finira par mourir d’hyperthermie. Un comportement similaire a été observé chez certaines abeilles françaises, mais très ponctuellement.

  • Une menace potentielle pour la biodiversité locale

Le régime alimentaire de Vespa velutina ne se limite pas aux abeilles. Pendant les périodes de haute activité, le frelon attaque intensément divers insectes et araignées, ce qui indique que de nouvelles espèces de proies peuvent être menacées par ce nouveau prédateur.

Il a une réelle préférence pour les hyménoptères sociaux comme les abeilles et les guêpes communes ainsi que d’autres pollinisateurs – tels que les Sylphidés – ou les diptères nécrophages comme les mouches domestiques (Calliphoridae, Muscidae).

Les essais pour limiter le développement des populations de frelons à pattes jaunes, tels que le piégeage de masse, ont un impact négatif et une efficacité peu évidente. Bien qu’il ait déjà prouvé son efficacité contre les invasions d’insectes sociaux, le piégeage de masse est connu pour nuire également aux autres espèces locales d’insectes en décimant leurs populations.

Pour l’instant, et jusqu’à ce que des pièges et des appâts plus sélectifs et efficaces soient rendus disponibles, la seule solution qui pourrait réduire l’impact de cette espèce sur l’activité apicole est seulement de détruire Vespa Velutina dans ses ruches naturelles pendant les périodes de fortes prédation – procédé dangereux, laborieux et couteux en temps et en ressource. Pas de recette miracle donc…

Au jardin

Comme son nom français l’indique, Vespa velutina est facilement reconnaissable à ses pattes jaunes, mais surtout à son ensemble abdomen-thorax plus ramassé et de couleur plus sombre que celui de son cousin le frelon européen Vespa crabro.

Peu agressif envers l’homme, son venin est également moins douloureux que celui des frelons européens – même s’il est tout de même déconseillé d’aller s’y frotter de trop près.

Comme indiqué plus haut, il n’existe pas encore à notre connaissance de bonne pratique en lutte biologique pour empêcher le frelon asiatique de faire des ravages parmi nos pollinisateurs sauvages.

On peut seulement dire que la prolifération de cette espèce témoigne d’une tendance générale qui voit les espèces généralistes s’adapter de plus en plus facilement à différents milieux et habitats, au détriment des espèces locales, souvent spécialisées. Une solution à long terme ? Restaurer au jardin (mais pas uniquement) un équilibre écologique, amenant toujours plus de biodiversité, avec toujours plus d’espaces dédiés aux pollinisateurs sauvages, odonates, petits mammifères, batraciens, et espérer une régulation naturelle de ces prédateurs.

Partagez sur les réseaux sociaux :

Donnez votre avis