Souvent oubliés dans l’ombre des pollinisateurs diurnes, les Lépidoptères nocturnes jouent un rôle essentiel dans la pollinisation. Pourtant, leur groupe d’espèces encore sous-étudié et les tendances des populations face aux pressions anthropiques demeurent mal connues.
Lépinoc : La mobilisation citoyenne pour le suivi scientifique
Afin de répondre à ce besoin de connaissances, Noé porte depuis 5 ans Lépinoc, un programme de sciences participatives innovant pour le suivi des papillons de nuit. Grâce à un dispositif automatisé, Lépinoc permet à des participants non experts de contribuer à leur connaissance et de découvrir la diversité d'espèces présentes sur leurs espaces naturels.
Le programme compte sur la mobilisation d’un réseau d’acteurs diversifié composé de gestionnaires d’espaces naturels, d’entreprises, de collectivités, d’agriculteurs ainsi que de particuliers engagés pour le vivant. Ce sont ces personnes qui donnent tout son sens aux sciences participatives, soulignant que chacun peut contribuer à son échelle à la connaissance scientifique et que chaque donnée compte. Nous vous proposons aujourd’hui de rencontrer Yannick Lang, un de nos participants pour qui la participation à Lépinoc s’inscrit dans une passion personnelle pour le vivant.

De l'observation à l'action
Yannick Lang est un ancien enseignant et acteur socio-culturel habitant dans un village de la Meuse. Bien que n’ayant pas de passé scientifique ou d’activité professionnelle dans le domaine, il a toujours eu un lien fort avec la nature doublé d'un souci de transmission :
« La nature est au centre de ma vie, et depuis longtemps, elle est un émerveillement constant, ce qui pour moi, constitue une clé pour agir. Plus on s'émerveille, plus on cherche à comprendre. Et dès l'instant où on commence à comprendre comment la nature fonctionne, on est poussé à agir. »
Pour lui, la nature constitue une véritable passion, mais également une préoccupation majeure. Face aux défis qu’elle rencontre aujourd’hui, il s'interroge : Comment mieux la protéger ? Et comment informer les autres pour mieux comprendre la nature et sensibiliser à l’importance de la protéger ?
D'où vient l'intérêt pour lépinoc ?
Pour Yannick, le choix de participer à Lépinoc s’est fait naturellement : « C'est une suite de ce que je pratique depuis longtemps ». Depuis trente ans, il observe la biodiversité de chez lui : les oiseaux, les insectes, les papillons de jour... Très vite, cette pratique de l’observation se transforme en engagement pour les sciences participatives. Il participe alors à divers programmes, où il apprend à observer avec rigueur la biodiversité de son jardin pour l’intérêt de la science.
L’intérêt pour les suivis de Lépidoptères nocturnes vient en 2014 lorsqu’il participe au programme Insectes et ciel étoilé, un ancien protocole de suivi des insectes nocturnes, développé par Noé, le MNHN et l’Association Française d’Astronomie. Yannick continue de réaliser le protocole dans son jardin depuis 10 ans, ce qui lui a permis d’observer jusqu’à 300 espèces Lépidoptères nocturnes différentes.
Tout cela avant même de connaître le programme Lépinoc :
« Quand j'ai eu connaissance du programme Lépinoc, participer constituait la continuité logique de mes observations de papillons de nuit. Sachant qu'avec Lépinoc, je ne rentrais plus seulement dans un intérêt personnel, ça me permettait de me raccrocher à un un dispositif scientifique et d’atteindre plus de rigueur grâce à un protocole standardisé. »
Sa participation au programme
Yannick Lang participe au protocole Lépinoc depuis la saison 2025. Il réalise ses sessions chez lui, au sein d’un verger de 25 ares géré de façon à favoriser le vivant. « J'essaye de construire un espace en laissant le plus possible la nature s'exprimer. » Le fauchage y est réduit au minimum, créant des surfaces herbeuses hétérogènes. Son jardin-verger se compose d’espaces divers, notamment une zone appelée “le petit bois”, où la nature est en évolution libre, créant un refuge pour de nombreuses espèces, dont des hérissons.
Ce verger s’inscrit dans un environnement riche, situé dans un ensemble d’autres vergers, d’espaces herbeux, de jardins, et à proximité d’une rivière. Ce contexte écologique fait de ce verger un site intéressant pour le suivi des espèces et notamment des Lépidoptères nocturnes.

pourquoi suivre les papillons de nuit ?
Pour Yannick, participer à Lépinoc s’explique par un intérêt personnel, mais également une volonté de sensibiliser les autres à la biodiversité et ses enjeux :
« J'ai une curiosité envers tout ce qui ne se voit pas, mais qui a son importance dans l'équilibre du vivant. Ce qui m’intéresse dans le suivi des papillons de nuit, c’est de mieux les connaître pour mon compte personnel, mais aussi et surtout pour les faire découvrir aux autres. Il est très important pour moi de ne pas garder ces résultats pour moi, mais de les utiliser pour sensibiliser les autres.
Par exemple, quand je vois tous les problèmes qui sont dus à la pollution lumineuse, il faut comprendre pourquoi il est important d’éteindre. Il faut faire comprendre l'incidence des lumières sur le milieu naturel et sur des espèces telles que les papillons de nuit. Mais pour ça, il faut les connaître. »
Retour d’expérience suite à une première année de participation

Malgré quelques difficultés techniques au démarrage, Yannick décrit sa première année de participation à Lépinoc comme très intéressante, car elle lui a notamment permis de comparer les résultats obtenus avec Lépinoc avec ses propres observations. De plus, sa participation au programme ainsi que les résultats obtenus, sont des éléments qu'il mobilise lorsqu’il échange avec les autres au sujet des papillons de nuit, facilitant ainsi la communication sur ce sujet.
Pour Yannick, le principal point fort de Lépinoc réside dans la rigueur du protocole et la clarté de ses objectifs scientifiques :
« On a vraiment le sentiment de rentrer dans une démarche scientifique et on sent véritablement que c'est un programme scientifique qui va servir. »
Selon lui, le programme est accessible à toute personne motivée et intéressée par le programme, mais particulièrement aux personnes initiées aux sciences participatives et donc habituées à observer la biodiversité.
Agir pour la biodiversité nocturne depuis son jardin
L’exemple de Yannick illustre comment, à travers les sciences participatives, on peut contribuer à mieux connaître certaines espèces pour mieux les protéger.
Protéger la biodiversité nocturne passe aussi par la création d’espaces favorables à son accueil, à commencer par son propre jardin. La Charte des « Jardins de Noé », résume ce principe en 10 gestes simples pour transformer son jardin en un refuge pour la biodiversité dont un portant sur la réduction des émissions lumineuses.