🎵 J'ai besoin qu'on m'aime, Mais personne ne comprend, […] Et j'ai bien peur, Toute ma vie d'être incompris, Car aujourd'hui : je me sens mal-aimé, Je suis le mal-aimé… 🎵 Ces paroles résonnent pour de nombreuses espèces qui se retrouvent bien souvent dans notre viseur, et qui n'ont pourtant rien demandé. Ces espèces, dites « nuisibles » ne sont en réalité pas si nuisibles que cela. Essayons de voir du bon dans chaque espèce, et, au besoin, de limiter la prolifération de certaines, par des méthodes naturelles et de bon sens.
Les escargots se servent dans nos salades et autres légumes | Pexels
Le pissenlit souffre d'une mauvaise réputation au jardin | Wikimedia Commons
Pourquoi parle-t-on de mauvaises herbes et de ravageurs ?
Quelques Généralités
Nous avons très facilement tendance à qualifier de nuisibles les espèces qui nous gênent dans la poursuite d’un certain objectif. Pour les végétaux, on parle souvent de mauvaises herbes, et pour les animaux, de ravageurs. Ils peuvent par exemple compromettre le rendement d’un champ ou d’un potager, ou l’esthétique d’un jardin. Faut-il pour autant blâmer ces êtres vivants et chercher à les supprimer à tout prix ?
Notions de vocabulaire :
- Nuisible : terme qui désigne les espèces animales qui ont un impact néfaste pour l’Homme, à travers la santé publique ou les activités humaines (agriculture, pisciculture, sylviculture…) ; le terme de ravageur peut également être employé plus spécifiquement pour les animaux nuisibles aux cultures ; il y a aussi le terme d'ESOD (espèce susceptible d’occasionner des dégâts) : c'est une définition juridique ayant remplacé le terme de nuisible, pour parler des animaux, qui, par leur abondance, peuvent avoir un impact négatif sur la santé et la sécurité publique, sur la faune et la flore, et/ou sur les activités humaines. A l'échelle nationale, cette classification justifie la régulation des populations, notamment à travers la chasse et le piégage.
- Adventice : terme qui désigne un végétal qui pousse spontanément dans une culture (agricole ou horticole, ou dans un jardin), donc sans intention de la part du cultivateur ; le terme de mauvaise herbe vient en plus ajouter l'idée que celle-ci n'est pas désirable et représente une nuisance.
- Bioagresseur : ce terme, spécifique aux cultures, regroupe les animaux, végétaux et pathogènes des plantes, qui causent des dégâts aux récoltes, en en réduisant la quantité et/ou en altérant leur qualité.
Les termes de nuisible, de ravageur, de mauvaise herbe, et de bioagresseur ont une connotation négative, tandis qu'adventice, pour les plantes, se veut plus neutre. On comprend que ce vocabulaire est rattaché à une vision anthropocentrée, liée à nos besoins, et notamment au regard de nos standards économiques (rendement et qualité d'une récolte) et esthétiques (jardins ornementaux).
De plus, nous avons un biais de négativité : nous avons tendance à accorder plus d'importance au négatif qu'au positif. Ainsi, on repère facilement une plante ou un animal qui nous pose problème, mais on ne se rend même pas compte de tous ceux qui nous rendent service.
Les ravageurs
Voici quelques exemples d'animaux souvent considérés comme nuisibles (pas nécessairement au jardin) : des insectes (pucerons, chenilles), les limaces et escargots, des mammifères (renard, sanglier, petits rongeurs), des oiseaux (étourneau sansonnet, geai des chênes, pie bavarde)…
Généralement, on ne fait pas la différence entre la présence d'une espèce et sa prolifération (qui elle peut être problématique), car nous ne cherchons pas à comprendre la manière dont elle se développe naturellement et son fonctionnement dans l'écosystème, notamment au regard de ses sources de nourriture et de ses prédateurs. Nous avons tendance à considérer une espèce comme « ravageur » dès lors qu'elle est présente, parce que nous avons une mauvaise opinion de celle-ci ou qu'elle nous a causé un désagrément très mineur. Pour aller plus loin concernant les ravageurs, nous avons un article dédié à ce sujet.
Les mauvaises herbes
Historiquement, le concept de mauvaise herbe est lié à l’apparition de l’agriculture, moment à partir duquel l’Homme a commencé à décider de ce qui doit pousser sur un terrain donné, et notamment au départ, des céréales. Le concept a ensuite pu être appliqué à l’horticulture et au jardinage, dont l’intérêt est davantage ornemental. Le terme de mauvaise herbe a pénétré l’imaginaire collectif, on s’en sert couramment pour désigner certaines espèces, sans forcément penser à un objectif particulier. Certaines plantes, comme le pissenlit, sont particulièrement stigmatisées. On a tendance à le qualifier de mauvaise herbe sans même y avoir réfléchi, car c’est souvent une idée qu’on nous a mis en tête et que l’on n’a pas questionné. Pourtant le pissenlit fait une jolie fleur jaune, et est comestible !
Voici quelques exemples de plantes souvent considérées comme des mauvaises herbes :
Il n’y a donc pas de liste officielle des mauvaises herbes : n’est mauvaise que la plante qui compromet un objectif humain particulier. Dès lors que l’on veut favoriser certaines plantes, une plante non voulue devient gênante et donc « mauvaise herbe ». Ces végétaux viennent souvent combler les trous, là où rien n'a été planté.
En agriculture ou au potager, c'est plutôt l'abondance d'une mauvaise herbe qui pose problème, car elle compromet la croissance des plantes cultivées. Dans le jardin, pas besoin d'abondance pour considérer une plante comme mauvaise herbe puisque le critère compromis est davantage esthétique. Sa simple présence nous la fait souvent considérer comme nuisible, de par son aspect visuel.
des solutions contre nature
Aujourd’hui, face aux espèces dites « nuisibles », nous avons presque systématiquement un réflexe d’éradication : pesticides, désherbage, chasse, pièges, etc. Pourtant, l'extermination locale est rarement une solution pour nos besoins, puisque l'espèce visée finit souvent par revenir. Ces méthodes conduisent à déséquilibrer encore davantage les écosystèmes. Il est alors absolument primordial de changer notre point de vue sur ces espèces, et de questionner nos pratiques, tout en essayant de comprendre le pourquoi du comment (la présence de ces espèces n'est pas due au hasard).
Changer de paradigme (et de vocabulaire)
quelques généralités
Dans l’absolu, aucune plante ni aucun animal n’est mauvais, ça n’est que relativement à un critère important pour l’Homme. Il faut donc prendre un peu de recul et ne pas les considérer systématiquement comme nos ennemis. D'un point de vue environnemental, seules les espèces exotiques envahissantes (EEE) peuvent être réellement problématiques, puisqu'elles sont non seulement nocives pour l'Homme mais aussi pour la biodiversité, en menaçant des espèces locales (n'oublions pas que leur introduction dans un milieu est le fait de l'action humaine, qu'elle soit volontaire ou accidentelle).
Pour commencer, nous pouvons relativiser l’impact d’un organisme « nuisible » sur notre société, il suffit de le comparer à l’impact considérable de l’espèce humaine sur le reste des espèces. A travers nos activités et comportements individuels, nous sommes nuisibles au point de mettre en péril le Vivant tout entier. Les espèces qui nous causent des nuisances font partie du Vivant au même titre que toutes les autres espèces. Elles ont leur rôle à jouer dans l'équilibre des écosystèmes, simplement, nous avons déséquilibré de nombreux écosystèmes en les modifiant pour notre usage.
Comprendre les mauvaises herbes
L'apparition spontanée d'une plante dans un milieu indique qu’elle a une place à se faire, qu'elle se trouve dans le bon environnement, et que les bonnes conditions étaient réunies pour qu'elle apparaisse. Nos grandes cultures comme les céréales, quelque part, sont des mauvaises herbes au regard de la Nature, qui doit se demander pourquoi nous les mettons là, de manière aussi abondante.
Dans la société, l'esthétique prend une place considérable, avec des standards bien peu naturels, et le jardin n'y fait pas exception. La pelouse tondue au millimètre fait office de standard dans bien des pays, avec une addiction extrême en Amérique du Nord. C'est dans ces jardins ultra-artificialisés que les « mauvaises herbes » sont les plus combattues. Remettons en question ces critères esthétiques, et cessons donc de nous conformer sans cesse ! Cette étude effectuée aux Pays-Bas, montre que les personnes ayant un jardin ont tendance à en entretenir les espaces visibles par « obligation morale », en conformité avec la représentation collective qui est faite d'un beau jardin. En parallèle, les espaces plus cachés des jardins, notamment derrière les habitations, font place à davantage de créativité et de liberté. Nous pouvons donc opter pour d'autres critères esthétiques : le côté sauvage et naturel a un charme tout particulier, il permet à la Nature de réaliser son œuvre. Nous n'aurons pour ainsi dire plus de mauvaises herbes, si chaque végétal, y compris les plantes sauvages spontanées, est pris en considération et intégré.
comprendre les ravageurs
Pour les espèces animales, il faut se mettre à leur place, un animal a besoin de subvenir à ses besoins, tout comme nous. On ne peut donc pas le blâmer pour cela, y compris s'il doit se servir dans nos cultures (il faut alors questionner nos cultures). Il faut retrouver un peu d'empathie pour les espèces mal-aimées et accepter leur présence. Il est légitime en revanche de questionner la multiplication rapide et durable d'une espèce.
Chaque population d'une espèce suit un cycle de développement naturel. Pour l'explication, prenons l'exemple des pucerons. Lorsque sa source de nourriture est abondante, le puceron se développe, jusqu'à ce que ses prédateurs (typiquement la coccinelle) fassent leur apparition et le régulent, faisant chuter la population de pucerons. Ces prédateurs vont à leur tour arrêter de se développer, laissant le champ libre pour un nouveau cycle de développement du puceron. Ainsi, des cycles se reproduisent en continu avec une augmentation de la population de pucerons toujours suivie d'une baisse. Il y a un décalage temporel entre le développement de la population d'une espèce et celle de son prédateur.
Sans perturbation majeure dans l'écosystème, l'espèce en question reste dans ce cycle de développement naturel, elle ne pose pas réellement de problème, ou du moins pas de manière durable. Elle peut occasionner quelques nuisances ponctuellement durant les courtes périodes d'expansion, mais encore une fois, relativisons ces nuisances. En revanche, si l'espèce se multiplie de manière durable, on a alors un cas de pullulation. Cela se produit quand son prédateur (ou ses prédateurs) disparaît et qu'il ne peut plus réguler l'espèce cible. Ce phénomène est très souvent dû à l'action de l'Homme et reflète un déséquilibre dans l'écosystème : souvent, en cherchant à éradiquer une espèce, on va conduire à la prolifération de ses proies.

Avant de s'attaquer à une espèce dans votre jardin, il faut d'abord identifier si elle suit son cycle de développement naturel ou si elle est en situation de pullulation, et apprendre à comprendre chaque espèce et sa place dans l'écosystème (sources de nourriture et prédateurs). Ainsi, vous pourrez vous concentrer sur des solutions qui suivent le principe permacole de « faire avec la nature », en utilisant par exemple des auxiliaires.
De plus, nous pouvons là aussi remettre en question nos standards, non pas esthétiques, mais cette fois économiques. Bien sûr c'est beaucoup plus facile à faire si l'on n'a pas de rentabilité à satisfaire, autrement dit pour une production domestique. Si une espèce « nuisible » est dans son développement naturel, il faut accepter de perdre une petite partie des récoltes. Et lorsque nous perdons une grande partie des récoltes, il faut remettre en question nos pratiques qui conduisent initialement à la prolifération d'une espèce. Ainsi, une espèce « nuisible », ne l'est que par notre faute.
Vocabulaire
En termes de vocabulaire, pour les plantes on peut privilégier le terme d’adventice ou de plante sauvage, relativement neutres. Pour les animaux, c'est plus compliqué, il n'existe pas de terme neutre pour parler des ravageurs. On peut simplement désigner les espèces par leur nom. Le changement de vocabulaire passe donc avant tout par un changement de pratiques, pour que chaque espèce auparavant considérée comme un ravageur redevienne une espèce parmi les autres, utile au bon fonctionnement de l'écosystème dans lequel il se trouve. Au lieu de « lutter », de « combattre » ou d' « éradiquer », on peut « gérer », « prendre en considération », « faire avec », « cohabiter », etc.
Sources/Pour aller plus loin
https://www.lechemindelanature.com/articles/a/les-mauvaises-herbes-vraiment-mauvaises
Rémi Kulik, Le guide Terre Vivante du jardin-forêt, Terre Vivante, 2023, pp. 226-227
Sur la pression sociale au jardin (en anglais) : https://theconversation.com/the-tyranny-of-front-gardens-we-cut-and-trim-them-out-of-social-pressure-not-pleasure-264136
Définitions agronomiques :
- https://mots-agronomie.inrae.fr/index.php?title=Mauvaise_herbe
- https://mots-agronomie.inrae.fr/index.php?title=Adventice
Sur les ESOD (espèce susceptible d'occasionner des dégâts) :
- https://www.correze.gouv.fr/Action-de-l-Etat/Environnement/Chasse/Especes-susceptibles-d-occasionner-des-degats-ESOD/QU-EST-CE-QU-UNE-ESPECE-SUSCEPTIBLE-D-OCCASIONNER-DES-DEGATS-ESOD
- https://www.lpo.fr/la-lpo-en-actions/campagnes-de-plaidoyer/nos-anciennes-campagnes/presumes-coupables/quelles-sont-les-esod?trk=public_post_comment-text










