Les ambassadeurs·rices parlent de leur réseau : Caroline du jardin les Zoziaux

Lancé en 2026, le réseau des ambassadeurs·rices des Jardins de Noé repose sur une conviction simple : les meilleurs vecteurs de changement ne sont pas les expert·e·s, mais les pairs qui montrent l'exemple depuis leur jardin. L'idée est de mobiliser des jardiniers déjà engagés, qui ont transformé leurs pratiques et acquis une expérience réelle, pour en faire des relais de proximité capables d'accompagner d'autres jardiniers sur leur territoire. L'engagement est concret mais accessible : organiser au moins une action de sensibilisation par an : visite de jardin, atelier, animation lors de la Fête de la Nature, et participer à la vie collective du réseau. En échange, les ambassadeurs·rices accèdent à des ressources pédagogiques, un accompagnement de l'équipe des Jardins de Noé et une communauté d'échange entre pairs. Caroline, enseignante dans l'Oise, a rejoint le réseau dès son lancement. Elle raconte pourquoi.

Crédits : Pierre Nahmiaz / Noé

Le jardin ouvre la conversation

Ce qui a attiré Caroline vers le réseau, c'est d'abord la reconnaissance d'une réalité qu'elle vivait déjà. « Ça faisait un petit moment que je regardais chez plusieurs associations pour essayer de m'engager. Parfois ça me semblait trop chronophage. Et finalement, quand j'ai vu les ambassadeurs Noé, j'ai lu la charte et ça m'a semblé vraiment accessible, avec cette idée qu'il fallait organiser un événement dans l'année, une action ». La notion de réseau a aussi joué un rôle. « Faire partie d'un réseau, c'était aussi pouvoir rencontrer des gens, échanger, aussi bien avec les autres ambassadeurs qu’avec l'équipe des Jardins de Noé ».

Car le jardin est depuis longtemps un lieu d'échanges naturels. Depuis que la haie de thuyas a été remplacée, la propriété s'est ouverte sur la rue et les occasions de conversation se sont multipliées. « C'est déjà arrivé qu'un voisin passe et me dise "Ah, vous avez planté quoi là ?" ». Les troncs dénudés laissés en place pendant la transformation de la haie intriguent, suscitent des questions. « Le fait de faire des choses qui intriguent et qui stimulent la curiosité, ça va amener des questions et des échanges ».

Ces échanges produisent parfois des résultats concrets et inattendus. Un voisin qui taillait la haie mitoyenne et ratissait scrupuleusement les branches et les feuilles au pied s'est laissé convaincre de changer d'approche. « Il nous a dit "Je laisse, maintenant. Comme ça, c'est bon." Du coup on dit "Impeccable. Comme ça, ça va pailler." ». Une bribe de conversation apportant son lot de satisfaction. « C'est des petits gestes comme ça qui vont s'accumuler, qui vont faire qu'on va évoluer petit à petit ».

trouver la bonne porte d'entrée

Sensibiliser ne signifie pas convaincre tout le monde de jardiner de la même façon. Caroline l'a compris : chaque interlocuteur a ses propres motivations, ses propres sensibilités. « J'ai une amie qui aime beaucoup les fleurs, les parfums. Je vais plus l'emmener voir ce qui est en train de fleurir. Il y en a d'autres qui vont être intéressés par ce qui se mange. Chacun va avoir sa porte d'entrée dans le jardinage ».

L'enjeu n'est pas de transformer les gens en jardiniers naturalistes du jour au lendemain, mais de partir de là où ils en sont. « Il faut vraiment partir de chacun, de ce que chaque personne projette et veut dans le jardin pour après faire évoluer petit à petit les choses ». Et accepter que tout le monde n'aspire pas au même résultat. «[Dans le jardin] Il faut s'y sentir bien. Il y a des gens qui ne se sentiraient pas bien dans un jardin trop sauvage, trop foisonnant ». Partir des goûts et des envies de chacun·e plutôt que d'un idéal à atteindre, c'est peut-être là la clé d'une sensibilisation qui dure.

Les enfants, premiers Ambassadeurs·rices

Dans le jardin de Caroline, la transmission passe aussi, et peut-être surtout, par les enfants. « Les enfants sont plus décomplexés. Ils n’ont pas les filtres qu’ont les adultes ». Ses filles ont naturellement intégré le jardin comme un espace à partager et à montrer. Quand leurs ami·e·s viennent leur rendre visite, elles n’hésitent pas. « Elles ont invité la petite voisine. La première chose qu’elles lui ont dit, c’est “Viens on va voir le potager. Tiens tu veux goûter ça ?” C’était le potager avant la chambre. Je trouve ça fascinant. ». 

Les sciences participatives jouent également un rôle dans cette transmission. La cadette de Caroline est devenue une adepte des comptages « Elle me dit “Ah maman, tu sors la fiche on va compter les oiseaux” ». Et l’effet d'entraînement est réel. « Quand on va tous les week-ends observer les papillons, les compter, saisir ses observations, on se prend au jeu. Et on se dit “Comment on fait pour en voir plus ?” ». Observer pour mieux protéger, Caroline utilise ce cercle vertueux avec ses enfants et cela semble fonctionner à merveille. 

Crédits : Caroline Zoziaux

Les projets à venir

Pour l’instant Caroline agit surtout dans le cadre informel de son quotidien. Mais elle envisage d’aller plus loin. « Je pense qu’on peut déjà organiser des choses un petit peu plus formelles. Ce n’est pas tout à fait la même chose que de faire visiter son jardin quand les ami·e·s viennent et dire “je vais faire une petite présentation de la biodiversité” ». Des ateliers pour les enfants du quartier pourraient également se profiler. « Des activités que je fais déjà avec mes filles, je pourrais [les] proposer à d’autres enfants du quartier ».

Et puis il y a un espoir plus discret mais important aux yeux de Caroline : aller voir d’autres jardins. « Poser un regard sur le jardin et échanger des idées sur des choses qui peuvent être mises en place ». « J’espère qu’il y aura quelques demandes dans le coin et que je pourrai aider un petit peu, ou en tout cas échanger avec des personnes sur ce sujet-là, et peut-être visiter des jardins ».

Crédits : Pierre Nahmiaz / Noé

Le témoignage de Caroline illustre ce que le réseau des ambassadeurs·rices cherche à cultiver : des jardiniers qui partagent leur expérience naturellement, à leur rythme, depuis leur territoire. Pas d'expertise requise, pas de mission chronophage. Juste une envie sincère de transmettre ce qu'on a appris et de contribuer, à sa mesure, à faire évoluer les pratiques autour de soi.

Si vous êtes inscrit·e sur le site Jardins de Noé et que cette démarche fait sens pour vous, le réseau est ouvert. Il suffit d'envoyer un mail à jardinsdenoe@noe.org en indiquant votre nom et le nom de votre jardin. L'équipe reviendra vers vous pour répondre à vos questions.

Un article de Pierre Nahmiaz
Mis à jour le 15/06/2026
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