Le sol, véritable clé de voûte du vivant

Malgré leur importance capitale, à la fois pour les écosystèmes terrestres et nous-mêmes, les sols et la vie qu'ils abritent demeurent relativement invisibles, et sont souvent, à tort, synonymes de saleté. Le sol est très largement devenu un simple support pour les activités humaines, et notamment la construction ou l'agriculture industrialisée. Il est donc utile de comprendre ce qu'est un sol, comment il fonctionne, et de prendre conscience de son caractère vital afin d'en faire un allié dans la lutte contre la disparition de la biodiversité.

Sol forestier | Biosphoto

Qu'est ce qu'un sol?

Dans la nature, le sol est un mélange de matière minérale et de matière organique inerte, dans lequel on trouve un très grand nombre d’êtres vivants, parmi lesquels animaux, végétaux, champignons ou encore microorganismes. Le sol est aussi fait de cavités, plus ou moins grandes selon sa composition. Ces espaces vides abritent la vie souterraine et permettent le passage de l’eau et de l’air, nécessaires à cette vie. Cependant, l’artificialisation des sols nous conduit à avoir des sols d’une toute autre nature, bien moins vivants.

La matière minérale, qui représente la majeure partie des éléments d’un sol, provient de la roche-mère située en profondeur, qui se désagrège avec le temps. Ainsi, on retrouve dans le sol un large spectre d’éléments minéraux de différentes tailles : de la roche-mère aux minuscules particules d’argile, en passant par les cailloux, sables et limons.

La matière organique inerte, quant à elle, est constituée de matière en décomposition (résidus animaux, fongiques, et surtout, végétaux) à des stades plus ou moins avancés. Celle-ci forme d'abord la litière, en surface, avant de se transformer peu à peu en humus. Bien qu'elle représente une part relativement faible des composants du sol, la matière organique n’en est pas moins essentielle. Elle est présente en plus grande quantité vers la surface, où se trouve également l'essentiel de la vie du sol, qui s’en nourrit et la transforme pour la rendre assimilable par les végétaux. Tous ces êtres vivants, une fois morts, viennent s'ajouter à cette matière organique, prenant ainsi part au grand cycle de la vie.

Comment se forme un sol?

La formation d’un sol est un processus très long, qui peut prendre plusieurs dizaines ou centaines de milliers d’années. Elle va main dans la main avec l’histoire des successions écologiques.

Avant l’apparition d’un sol, on retrouve un affleurement rocheux, autrement dit une couche de roche à l’air libre. Celle-ci est d’abord colonisée par des espèces pionnières comme les mousses ou les lichens, et la microfaune associée, créant peu à peu de l'humus par décomposition. En parallèle, la roche mère s’altère du fait de phénomènes physiques et chimiques, liés au climat (vents, pluie, gels et dégels) ou à certains êtres vivants (certains microorganismes, les racines des plantes), libérant ainsi la matière minérale constitutive du sol.

Au fil du temps et de l'épaississement de ce ce sol primitif, de nouveaux végétaux plus complexes, comme les herbacées, font spontanément leur apparition. Ceux-ci, et la faune qu’ils abritent, constituent une biomasse plus importante, qui, une fois décomposée, vient épaissir la couche supérieure du sol, pendant que la roche continue de s’altérer en profondeur. Le sol, qui s'épaissit progressivement, permet alors l’implantation de plantes ligneuses: des buissons et arbustes, puis des arbres pionniers et enfin des arbres climaciques qui, avec leur faunes associées, créent progressivement une litière à chaque fois plus épaisse, qui se décompose en humus.

Différents types de sols

Pour faire du jardinage, il est important de connaître son sol. C’est un facteur clé qui influencera vos choix pour construire votre palette végétale. En effet, chaque plante est plus ou moins adaptée aux différents types de sol. Ainsi, les caractéristiques du sol déterminent en grande partie les espèces végétales qu'il est possible d'y planter et par extension, la faune associée. On peut différencier les sols selon plusieurs critères : la proportion de matière organique, la texture (ou composition), le pH, ou encore le degré d'artificialisation.

La qualité d’un sol dépend essentiellement de sa proportion de matière organique. De manière générale, la couche supérieure du sol (ou horizon supérieur) est la plus riche en matière organique, puisque les végétaux et animaux morts se retrouvent directement sur le sol, formant une litière, qui se transforme peu à peu en humus. Un sol riche en matière organique, que l’on peut reconnaître à sa couleur sombre, est un sol fertile et riche en vie, c’est donc un signe de sa bonne santé. Si votre sol est pauvre en matière organique, vous pouvez suivre nos conseils pour améliorer le sol naturellement.

Ver de terre dans la matière organique du sol | Biosphoto

Le sol étant composé en grande partie de matière minérale, sa texture dépend de la proportion des éléments minéraux de différentes tailles : sables (de 0,05 à 2mm), limons (de 0,002mm à 0,05mm) et argiles (<0,002mm). Ainsi, on peut parler de sols sableux, limoneux ou argileux (se référer au triangle des textures). Chacun a des propriétés différentes : un sol sableux contient beaucoup d’espaces vides et absorbe rapidement l’eau, tandis qu’un sol argileux, au contraire, est plutôt imperméable.

Une autre caractéristique importante d’un sol est son pH. Son échelle permet de mesurer l’acidité du sol, qui dépend du type de roche mère et du climat. Certaines plantes se plaisent sur des sols acides, tandis que d’autres sont adaptées à des sols plutôt neutres ou basiques. Le pH affecte également la disponibilité des nutriments pour les plantes.

Enfin, on peut différencier les sols selon leur degré d'artificialisation par l'Homme, qui impacte directement la proportion de matière organique. En effet, les activités humaines modifient considérablement nos sols à travers plusieurs formes de dégradation. On peut penser notamment à l'urbanisation et à l'agriculture, mais il existe aussi des formes d'artificialisation dans les jardins. C'est le cas d'une pelouse sous forme de monoculture de graminée, tondue à ras, et notamment lorsque l'herbe tondue est exportée du jardin (déchets verts récupérés par la collectivité). Cela va à l'encontre du fonctionnement de la nature, basé sur la diversité et la retombée de la matière organique au sol. Les sols artificialisés ont moins de matière organique voire pas du tout, se répercutant ainsi sur la biodiversité souterraine. Dans les espaces urbains, les jardins représentent donc des refuges essentiels pour cette biodiversité invisible, à condition de respecter quelques principes de base, comme ceux de la charte de Noé.

L'importance des sols

Les sols forment des écosystèmes à part entière, qui abritent une formidable biodiversité, bien qu'elle soit en grande partie invisible à nos yeux. Ils représentent un habitat pour 25% de la biodiversité terrestre, et on y trouve 75% de la biomasse terrestre.

Le sol est un support pour la majorité des végétaux, c'est leur point d'ancrage. Ils peuvent y trouver la plupart de leurs nutriments ainsi que l'eau, nécessaires à leur croissance. Le sol abrite également des êtres vivants qui forment avec les plantes des symbioses, essentielles à leur croissance. On peut penser notamment aux décomposeurs (certaines bactéries et champignons) qui participent au processus de minéralisation. Ce dernier permet la transformation des minéraux contenus dans la matière organique, les rendant disponibles aux plantes. Il y a aussi les vers de terre, qui créent le complexe argilo-humique, une association d'argiles et de particules d'humus, qui, de par ses propriétés chimiques, améliore la rétention des éléments nutritifs dans le sol.

La végétation profite donc des services rendus par la vie souterraine, à laquelle elle offre en retour des ressources sous forme de matière organique (par exemple les feuilles mortes ou les branches). Les plantes permettent aussi d'empêcher l'érosion du sol en le protégeant de l'impact direct du vent et de la pluie. De par son rôle vis-à-vis des végétaux, le sol est donc un support pour autant d'écosystèmes que les prairies, landes, forêts, savanes, etc. puisque les végétaux sont à la base des chaînes trophiques. Ainsi, le sol est une clé de voûte du monde vivant terrestre. Le détruire revient à compromettre, directement ou indirectement, tout le reste de la vie terrestre, qu'elle soit animale, végétale, fongique ou bactérienne, microscopique ou gigantesque.

“En fait, toute vie dépend du sol ... Il ne peut y avoir de vie sans sol ni de sol sans vie; ils ont évolué ensemble.”

Charles E. Kellogg, USDA Yearbook of Agriculture, 1938

Parce que le sol nourrit les plantes, il est d'une importance capitale pour notre alimentation: 95% de nos calories proviennent du sol. La qualité nutritive de nos aliments est donc le reflet de la qualité du sol, autrement dit sa quantité de matière organique et la vie qu'il abrite. A cause du modèle agroalimentaire moderne, nos fruits, légumes et céréales ont perdu au fil du temps une partie non négligeable de leur teneur en nutriments. En effet, l'agriculture intensive appauvrit considérablement les sols, avec la pratique du labour et l'usage d'intrants chimiques. A travers notre alimentation, la fertilité des sols est essentielle pour la santé humaine. Il est alors préférable de nous nourrir avec des produits issus de pratiques agroécologiques, qui prennent soin des sols.

Le sol conserve les graines des espèces végétales présentes en surface. Pour les plantes annuelles, cela permet de renouveler leur biomasse chaque année. D'autres graines restent bien au chaud, beaucoup plus longtemps, en attendant le moment opportun, quand les bonnes conditions sont réunies. Ce mécanisme permet par exemple de reconstituer des forêts lorsque des perturbations, plus ou moins importantes, ont lieu (incendie ou chablis par exemple).

Les sols jouent également un rôle important dans le cycle de l'eau. Ils absorbent l'eau, évitant les inondations et l'érosion, tout en la retenant pour la fournir aux végétaux. Ces derniers participent à la formation des nuages, à travers l'évapotranspiration.

Enfin, le sol est un important puits de carbone, très utile dans la lutte contre le changement climatique. Les végétaux, à travers le processus de photosynthèse, stockent le carbone de l'air dans leur matière organique. Ce carbone se retrouve ensuite dans l'humus du sol, après la décomposition de la matière organique végétale. Les sols stockent davantage de carbone que la biomasse aérienne des végétaux, y compris dans les forêts.

Pour toutes ces raisons, il est indispensable de préserver les sols ainsi que de veiller à leur bonne santé, en les protégeant de toute forme d'artificialisation. La préservation des sols à l'échelle du jardin n'en est pas moins importante, puisque cela s'inscrit dans les continuités écologiques, et plus précisément la trame brune.

Sources/Pour aller plus loin

QUBS, un site de sciences participatives liées aux sols (avec l'Opération Escargots qui est coorganisée par Noé!) : https://www.qubs.fr

Dossier revue de l'INRAE : https://www.inrae.fr/dossiers/peut-encore-sauver-sols

France Nature Environnement : https://fne.asso.fr/dossiers/sols-enjeux-et-solutions-en-france

Marc-André Selosse, L'origine du monde: une histoire naturelle du sol à l'attention de ceux qui le piétinent, Actes Sud, 2021

Sur le rôle des sols pour le climat:

Mis à jour le 24/12/2025
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