Comment les animaux de nos jardins passent-ils l’hiver ?

L’hiver est une période assez critique pour nos amis des jardins : le froid s’installe petit à petit et les ressources alimentaires commencent à manquer. En tant qu’humain, nous disposons de maisons, de vêtements chauds et de nourriture tout au long de l'année mais qu’en est-il des animaux des jardins qui vivent dehors toute l'année ? Ils ne disposent pas d’endroits chauffés, pas de manteaux, et encore moins de chocolat chaud mais ils parviennent tout de même à survivre ! Alors comment font-ils pour faire face aux températures parfois glaciales de l’hiver ?

Grues cendrées en vol au lever du soleil, Las du Der-Chentecoq, Champagne, France | © Christian Cabron, Biosphoto

Partir ou rester, telle est la question

"La nature est bien faite" puisque les animaux développent diverses stratégies pour survivre à cette période, avec pour objectif de satisfaire à deux besoins primordiaux : se nourrir et économiser son énergie. Selon les espèces, les animaux adoptent des comportements différents : certains restent sur place et d'autres décident de partir pour des destinations plus chaudes. Dans le premier cas, ils doivent donc développer des méthodes d’adaptation afin de survivre pendant cette période. Dans le deuxième, un long voyage s’impose, et il ne se prépare pas à la dernière minute. Nous allons donc nous intéresser aux différentes stratégies mises au point par les animaux de jardin pour passer le mieux possible la période la plus rude l’année.

Un petit voyage au soleil

Une des stratégies les plus connues et communes est ce qu’on appelle la migration : c’est un déplacement saisonnier, quasi toujours régulier, qui induit obligatoirement un retour et qui constitue la réponse la plus simple à l’arrivée de conditions extrêmes. Il existe ainsi une migration hivernale mais aussi estivale pour des espèces qui ne supportent pas les températures trop chaudes de l’été. Mais cela est plus rare et la majorité des espèces migratrices débutent leur voyage à l’arrivé de l’hiver. Ainsi certains préfèrent partir et passer cette saison dans le sud, là où les températures sont plus supportables et où ils trouveront plus facilement de la nourriture.

Cette technique est surtout répandue chez les oiseaux et certains insectes comme les papillons ou les syrphes qui effectuent des migrations sur de plus ou moins longues distances.

Papillons monarques en migration © Albert Visage

Une espèce ne se fixe pas une date dans le calendrier. Cette le choix de migrer se prend progressivement, notamment lorsque la nourriture commence à manquer (les insectes volants pour les oiseaux, les plantes à fleurs pour les papillons, …) et que cela provoque un stress chez les animaux, ou lorsque les premières gelées arrivent par exemple.

Petit à petit, les espèces préparent leur corps aux exigences des déplacements migratoires par exemple en constituant des réserves de graisses et en renouvelant leurs plumes dans le cas des oiseaux. La migration est une épreuve pour tous les animaux même s’il ne s’agit pas de la première : ils doivent pouvoir réaliser ce long voyage en étant assez épais pour pouvoir faire face aux longues heures de déplacement.

Les hirondelles et les cigognes peuvent parcourir près de 10 000 kilomètres pour rejoindre leur quartier d’hiver mais le record est détenu par une Sterne arctique qui a fait plus de 95 000 kilomètres depuis l’Angleterre jusqu’en Afrique du Sud !

Nos petits passereaux de jardin ne sont pas aussi endurants mais ils sont tout de même capables de rejoindre le nord de l’Afrique pour y passer la période de froid en empruntant ce qu’on appelle un couloir de migration : ils permettent de maximiser l’utilisation des courants ascendants et permettent donc aux oiseaux d’économiser leur énergie durant le voyage. Pour les papillons par exemple, cette période de migration se déroule différemment. Ils utilisent les vents pour faciliter leur vol et empruntent des voies de migration. Pour les migrations de longues distances, certains individus peuvent parcourir jusqu’à des centaines voire des milliers de kilomètres et plusieurs milliers pour la Belle-Dame. Mais les insectes ayant une durée de vie plus courte que les oiseaux, certaines espèces de migrateurs vont se regrouper et se reproduire à vive allure. Une fois leur cycle de vie achevée, ce seront les descendants qui se chargeront du trajet retour vers le nord. Ainsi, la grande majorité des papillons partis ne reviendront malheureusement pas la saison suivante mais seront remplacée par la deuxième génération : c’est ce qu’on appelle la migration primaire.

Une seule solution : l'adaptation

Mais qu’en est-il des espèces qui ne migrent pas comme le Geai ou de façon occasionnelle comme le Pacha à deux-queues ? Ils s’adaptent ! Un animal, quel qu’il soit, est capable de s’adapter à des conditions assez extrêmes et prêt à tout pour survivre. La solution est de simplement investir son énergie dans des méthodes d’adaptation qui vont permettre de passer au travers des périodes les plus difficiles. Ainsi, on distingue 3 méthodes d’adaptation à l’hiver :

  • Une adaptation morphologique
  • Une adaptation physiologique
  • Une adaptation comportementale

L'adaptation morphologique

Elle survient lorsqu’un animal modifie la forme de son corps pour faire face à une période difficile. On peut également parler d’acclimatation car il s’agit d’un changement permanent et transmissible aux générations suivantes.

C’est le cas de certaines espèces d’oiseaux non-migrateurs qui gonflent leur plumage pour le rendre plus épais et ainsi conserver la chaleur du corps. Cet épaississement du pelage se produit également chez des mammifères avec des poils plus épais et plus longs qui permet d’augmenter le volume d’air chaud conservé entre les poils et la peau et participe ainsi à lutter contre le froid. Nos animaux de compagnie comme le chien et le chat ont un pelage d’hiver qu’ils perdent ensuite à l’arrivée du printemps.

D’autres espèces modifient complètement la couleur de leur pelage et se couvrent d’un manteau blanc afin de se confondre avec la neige. Car avec un pelage foncé, ils deviennent une cible bien plus facile pour les prédateurs. C’est notamment le cas des hermines ou des lièvres. Enfin quand certaines espèces changent la couleur et l’épaisseur de leur fourrure, d’autres modifient carrément le volume de leur boite crânienne et de leurs organes : c’est ce qu’on appelle le phénomène de Dehnel.

L’exemple le plus marquant est la musaraigne. Cette adaptation assez ingénieuse permet de réduire les besoins en nourriture pendant l’hiver et donc d’économiser de l’énergie.

Musaraigne musette (Crocidura russula), © B. Cavignaux

Adaptation physiologique : Piquer un petit somme...

D’autres animaux n’ont également pas le goût du voyage et préfère modifier le fonctionnement de leur métabolisme. Nous autres les humains, nous avons une température constante avoisinant les 37 degrés, même en période de grand froid. Mais pour certains animaux, maintenir une température interne élevé quand il fait proche de 0 degré est très compliqué et implique une dépense d’énergie colossale. L’absence de nourriture voire leur faible poids pour certains, leur empêcher de réguler leur température. Pour éviter cela, certains animaux vont rentrer dans un état léthargique afin de subvenir à leur besoin énergétique durant l’hiver : c’est ce qu’on appelle l’hibernation. Il s’agit de la méthode d’adaptation la plus répandue pourtant, il subsiste de nombreuses confusions. L’hibernation induit en effet un sommeil hivernal durant lequel l’animal arrête complètement de s’alimenter et de se déplacer afin d’économiser son énergie. Il passe ainsi l'hiver sans mourir de froid ou de faim, en ayant constitué des réserves de graisses au préalable. Ainsi les critères d’une hibernation sont :

  • Une température corporelle qui baisse fortement jusqu’à frôler les 0 degré
  • Un métabolisme fortement ralenti avec une fréquence cardiaque allant jusqu’à une ou deux battements par minutes
  • Une activité cérébrale quasiment absente mais suffisante pour assurer les besoins vitaux de l’animal comme la respiration, les battements cardiaques, …

Tous les animaux qui hibernent cherchent un lieu isolé, abrité et à l'abri des regards.

Parfois, les animaux sont amenés à se réveillés pour boire ou faire leurs besoins avant de se rendormir. De nombreux auxiliaires de jardin passent l’hiver en hibernation.

C’est le cas du hérisson mais aussi des serpents, des chauves-souris, des lézards et même des crapauds qui passent l’hiver enterrés sous 30 centimètres de sol. Le record d’hibernation est attribué au loir gris qui rentre dans un profond sommeil pendant 7 mois de l’année, d’octobre à avril. On connait maintenant l’origine de l’expression « dormir comme un loir » !

Pipistrelle commune poursuivant en vol une Phrygane

... OU Ralentir le rythme

Enfin, on observe un autre mode d’adaptation physiologique semblable à l’hibernation : la semi-hibernation ou l’hivernation. L’ours pas exemple n’est pas un hibernant mais un hivernant. Cela se caractérise par un sommeil très léger, une baisse de quelques degrés de la température corporelle et une activité métabolique peu ralentie. Cela arrive aussi que, si les conditions le permettent, certaines espèces hivernantes mettent au monde leurs petits à ce moment de l'année. C'est le cas du blaireau ou du raton laveur !

Adaptation comportementale

Outre le changement de forme et de fonctionnement du corps, certains tentent de modifier complètement leur comportement. Ces animaux restent actifs en hiver et se sont plutôt bien adaptés aux périodes de grand froid mais il leur faut tout de même changer quelques petites habitudes afin de faire face aux aléas climatiques.

Le changement de comportement le plus marquant est le changement de régime alimentaire. Que fait-on si la nourriture que l’on affectionne le reste de l’année n’est plus disponible en hiver ? On change de menu, on se rabat sur d’autres ressources plus accessibles et tout aussi nourrissantes.

Quand les fruits et les insectes ne sont plus disponibles en hiver, les animaux passent aux graines. C’est le cas notamment des petits passereaux comme la mésange charbonnière qui va radicalement changer ses habitudes alimentaires. Durant le reste de l’année, la mésange est insectivore mais en hiver, elle peine à trouver des insectes et devient donc granivore.

Autre fait plus insolite, ce sont également les mésanges qui en hiver vont adopter un comportement grégaire à l’égard d’autres espèces d’oiseaux. Il n’est ainsi pas rare de voir des hordes de mésanges passer leurs hivers avec une autre horde de verdier, afin de se tenir chaud. En plus de la chaleur, vivre en groupe permet aussi de les protéger d’éventuels prédateurs : une mésange seule ne déstabilisera pas autant son prédateur qu’entourée de verdiers ou d’autres mésanges.

Mésange charbonnière (Parus major) et Verdiers d’Europe (Carduelis chloris) sur une mangeoire,© D. Tipling

Il existe autant de façons de passer l’hiver que d’espèces différentes. Cela nous montre l’incroyable capacité de la nature à s’adapter en privilégiant l’adaptation. Les animaux qui vivent en région tempérée ont tous trouvé une solution pour assurer leur survie ou celle de leurs descendant. Cela prouve que quand il est question de survie, qu’importe la situation, il est toujours possible de s’adapter. Après cette rude période, tout ce petit monde retournera vaquer à ses occupations en attendant le prochain hiver.

Sources

Mis à jour le 19/12/2025
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