Représentant 24 % du territoire français 1 , les espaces urbains transforment profondément les milieux naturels et les conditions de vie pour la biodiversité. Dans cet environnement modifié et hostile, certaines espèces, notamment les plus généralistes, parviennent à y trouver une place.
Les papillons de nuit font partie de cette faune discrète qui continue d’habiter les villes, mais qui fait face à de nombreuses pressions : fragmentation des espaces naturels, raréfaction des ressources végétales, tonte des espaces verts, pollution lumineuse, artificialisation des sols … Leur présence en ville interroge donc à la fois sur leur capacité d’adaptation, ainsi que sur les limites imposées par l’environnement urbain.
Noé vous propose ainsi d’explorer le sujet, afin de mieux comprendre comment le milieu urbain impacte et façonne les papillons de nuit en ville.

Un environnement sélectif, structurant la biodiversité
En raison de leurs conditions particulières et des pressions qu’ils exercent, les milieux urbains conditionnent les espèces capables de s’y intégrer. En effet, dans une étude menée sur trois villes européennes, seulement un tiers des espèces de papillons de nuit identifiées dans les milieux ruraux environnants étaient présentes dans les villes étudiées2.
La ville aurait donc un effet sélectif sur les espèces, favorisant celles aux habitats et aux régimes généralistes, capables de mieux s’adapter à un environnement où les ressources végétales sont plus rares, et les habitats naturels moins diversifiés.
Un problème de taille
Plusieurs études ayant étudié les papillons de nuit en ville indiquent que les espèces les plus grandes, les macrolépidoptères, seraient plus avantagées en milieu urbain2,3. De par leur taille, ces espèces sont plus mobiles et sont capables de se déplacer sur de plus grandes distances. Elles sont ainsi plus aptes à naviguer dans des environnements fragmentés, comme ceux des villes.
A contrario, dans les villes où l’effet d'îlot de chaleur est particulièrement important, notamment dans les plus basses latitudes et les régions subtropicales, l’avantage peut être détenu par les papillons plus petits. En effet, la chaleur augmente les coûts énergétiques (le métabolisme s’accélère), notamment pour les grandes espèces, qui ont un corps plus grand à entretenir. Dans ces conditions, les espèces plus petites sont avantagées, car elles dépensent moins d’énergie et sont moins vulnérables face à la chaleur4. Ainsi, ces différentes observations démontrent que les réponses des papillons de nuit peuvent varier selon les régions géographiques et les conditions urbaines.
Modes d'adaptation face à la chaleur
D’autres espèces vont encore plus loin en évoluant vers une plus forte tolérance à la chaleur. En effet, une étude sur les populations de Géomètre à barreaux (Chiasmia clathrata), a observé que dans les trois villes européennes étudiées, les individus issus de milieux urbains ont développé une tolérance à la chaleur plus élevée que celle des populations de milieu rural5.
Cette espèce constitue donc un exemple d’adaptation des papillons de nuit à la chaleur en milieu urbain, ce qui invite à se demander si d’autres espèces en sont également capables.

L’influence de la pollution lumineuse
La pollution lumineuse perturbe fortement les papillons de nuit. Elle est particulièrement marquée en milieu urbain, en raison des nombreuses sources lumineuses présentes (lampadaires, enseignes lumineuses, éclairage de monuments, vitrines, et jardins privés).
Cette pollution affecte le comportement des papillons de nuit, avec des effets qui se traduisent à l’échelle des communautés. En effet, une étude anglaise observe une diminution de 47 % des effectifs de chenilles dans les haies éclairées et de 33 % dans les bordures d’herbe éclairées6. Ce déclin s’explique par une diminution des pontes dans ces espaces par les adultes, perturbés par l’éclairage nocturne à proximité.
Dans certains cas, l’éclairage nocturne peut également influencer l’évolution des papillons de nuit en favorisant des changements morphologiques. C’est le cas du Grand hyponomeute du Fusain (Yponomeuta cagnagella), dont les populations étudiées en France et en Suisse auraient développé des ailes plus petites en milieu urbain, ce qui réduirait leurs risques d’être attirés par la lumière artificielle.

Des couleurs adaptées à un nouvel environnement
La couleur des espèces est également un facteur déterminant pour la vie en ville. En effet, l'éclairage nocturne et la présence d’espèces végétales exotiques introduites, créent un environnement visuel varié et plus hétérogène qu’en milieu naturel. Les espèces aux couleurs et aux motifs variés peuvent ainsi mieux s’intégrer dans les villes, où elles disposent davantage de possibilités de camouflage2.
Comment favoriser l’accueil des papillons de nuit en ville
Cette vue d’ensemble permet d'appréhender comment le milieu urbain impacte et influence les papillons de nuit, bien que ses effets soient encore plus larges, et variables selon les contextes. Les pressions des espaces urbains agissent comme un facteur de sélection des espèces urbaines et, dans certains cas, comme un moteur amenant les espèces à évoluer pour s’adapter aux conditions de vie dans les villes. L’ensemble de ces processus conduisent à une diversité d’espèces réduite et menacée par les pressions urbaines et humaines.
Nous pouvons toutefois agir, afin de faire de nos villes des espaces plus favorables aux papillons de nuit, et à l'ensemble des insectes :
- Limiter la tonte dans les espaces verts urbains, afin de préserver les communautés d’insectes et leurs habitats.
- Réduire l’éclairage nocturne, notamment à proximité des espaces végétalisés.
- Laisser des espaces au naturel, et privilégier les plantes locales.
- Ne pas utiliser d’herbicides et pesticides dans les espaces verts, interdits d'utilisation par la loi Labbé.
Sources Pour en savoir plus
[1] INSEE Population et superficie des unités urbaines | Insee. Disponible sur: https://www.insee.fr/fr/statistiques/5347845#figure1_radio2 (Consulté le: 27 juillet 2026).
[2] Franzén, M. et al. (2020) « Urban moth communities suggest that life in the city favours thermophilic multi-dimensional generalists », Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences, 287(1928), p. 20193014. Disponible sur: https://doi.org/10.1098/rspb.2019.3014.
[3] Merckx, T., Kaiser, A. et Van Dyck, H. (2018) « Increased body size along urbanization gradients at both community and intraspecific level in macro-moths », Global Change Biology, 24(8), p. 3837‑3848. Disponible sur: https://doi.org/10.1111/gcb.14151.
[4] Belitz, M.W. et al. (2024) « Substantial urbanization-driven declines of larval and adult moths in a subtropical environment », Global Change Biology, 30(3), p. e17241. Disponible sur: https://doi.org/10.1111/gcb.17241.
[5] Merckx, T. et al. (2024) « Continent-wide parallel urban evolution of increased heat tolerance in a common moth », Evolutionary Applications, 17(1), p. e13636. Disponible sur: https://doi.org/10.1111/eva.13636.
[6] Boyes, D.H. et al. (2021) « Street lighting has detrimental impacts on local insect populations », Science Advances, 7(35), p. eabi8322. Disponible sur: https://doi.org/10.1126/sciadv.abi8322.