Dans un précédent article, nous évoquions plusieurs actions simples pour donner un coup de pouce à la faune de votre jardin, notamment grâce à la création d’abris pour les insectes. Dans cet article, nous nous intéresserons à une autre ressource essentielle en saison froide : les fleurs, indispensables à de nombreux insectes, même lorsque les températures baissent.
Si beaucoup d’espèces d’insectes passent l’hiver sous forme d’œufs ou de larves, d’autres migrent — comme la Belle-Dame qui rejoint les régions tropicales — tandis que certains adultes entrent en hivernation. C’est par exemple le cas du bourdon terrestre (Bombus terrestris), qui se réfugie sous terre mais peut profiter d’une journée ensoleillée pour sortir en plein cœur de l’hiver.
Or, en automne comme au début du printemps, le nectar et le pollen se font rares. Planter un jardin diversifié permet d’assurer une offre florale étalée sur l’année, et de soutenir les pollinisateurs dans ces périodes critiques, notamment en milieu urbain et péri-urbain.
Les floraisons de fin d’automne : un soutien précieux avant l’hiver
La plupart des plantes de nos jardins terminent leur cycle dès l’arrivée de l’automne. Pourtant, pour les insectes qui se préparent à hiverner, chaque fleur compte. Quelques espèces choisissent justement cette période pour fleurir, devenant de véritables alliées des pollinisateurs.
Le lierre : un indispensable souvent mal-aimé
Bien que parfois victime de préjugés, le lierre est une plante d’une richesse écologique exceptionnelle.
Sa floraison tardive — abondante et longue — constitue l’une des dernières grandes sources de nectar et de pollen de l’année. Abeilles sauvages et domestiques, guêpes, bourdons, syrphes : tous profitent de cette manne. Et ses bienfaits ne s'arrêtent pas là :

- son feuillage persistant offre de nombreux refuges en hiver,
- il héberge les nids d'oiseaux au printemps,
- sert de plante-hôte à plusieurs espèces de papillons,
- et crée des micro-habitats qui bénéficient à la biodiversité.
Les bulbes automnaux : colchiques et crocus
Les plantes à bulbes sont une excellente manière d’assurer des floraisons étalées. Certaines donnent même leurs fleurs alors que les jours raccourcissent.
Le colchique d’automne (Colchicum autumnale)
Seule espèce véritablement automnale de la famille, il apprécie les sols frais et forme des fleurs violettes délicates.
Attention : toute la plante est toxique, pour l’humain comme pour les animaux de compagnie. Si vous partagez votre jardin avec chiens ou chats, mieux vaut privilégier les crocus.
Les crocus automnaux
Il existe de nombreuses variétés de crocus, certaines fleurissant dès l’automne et parfois jusqu’en hiver. Les séries horticoles speciosi, longiflori, biflori ou alpinus offrent des fleurs blanches, jaunes ou violettes lorsque la plupart des autres se sont déjà fanées. À noter : certaines plantes surnommées “crocus d’automne” n’appartiennent pas à la même famille. C’est le cas de la sternbergie jaune, originaire du bassin méditerranéen mais qui se naturalise facilement sous nos climats. Sa floraison lumineuse attire les derniers pollinisateurs de l’année.




Les chrysanthèmes d’automne
Bien connus pour leur présence dans les cimetières à la Toussaint, les chrysanthèmes sont aussi de formidables plantes mellifères. Leurs fleurs riches en pollen offrent une ultime ressource énergétique aux insectes avant les froids hivernaux.
Les floraisons hivernales : de vraies oasis pour la faune
Au cœur de l’hiver, les fleurs se font rares. Pourtant, quelques espèces ont développé la capacité de fleurir très tôt, parfois même sous la neige. Issues d’espèces sauvages précoces, leurs variétés horticoles sont aujourd’hui prisées dans les jardins.
Essences horticoles
Les cyclamens d’hiver
Les cyclamens, comme Cyclamen coum ou Cyclamen hederifolium, apportent de la couleur et de la vie à votre jardin en plein hiver. Selon les espèces, ils fleurissent dès la fin de l’hiver et parfois dès janvier, offrant une source précieuse de nectar et de pollen aux derniers pollinisateurs actifs. Ces petites fleurs délicates s’adaptent parfaitement aux sous-bois ou aux zones ombragées et apprécient un sol frais et drainé. En les plantant en groupe, vous créez un refuge attractif et nourricier pour les abeilles, bourdons et autres insectes hivernants.
Les bruyères d’hiver (Erica carnea, Erica x darleyensis)
Très résistantes au froid, elles colorent le jardin de janvier à mars. Leur floraison abondante fournit nectar et pollen à une période où les ressources sont particulièrement rares.




Espèces sauvages
La Rose de Noël (Helleborus niger)
Fleur emblématique de l’hiver, la rose de Noël s’épanouit souvent dès décembre. Ses nectaires ouverts en continu attirent les pollinisateurs actifs durant les redoux hivernaux, comme certaines abeilles solitaires et les bourdons terrestres.
Les perce-neige (Galanthus nivalis)
Premières fleurs à percer la neige, elles annoncent la transition vers le printemps. Leur floraison très précoce constitue un signal et une ressource précieuse pour les insectes qui sortent d’hivernation.
Un jardin plus accueillant, toute l’année
En choisissant des plantes qui fleurissent dès l’automne et jusque dans les périodes les plus froides, vous offrez aux pollinisateurs un fil continu de ressources, indispensable à leur survie. Pour aller plus loin et choisir des plantes adaptées à votre jardin tout en favorisant la biodiversité, n’hésitez pas à consulter notre article Comment choisir les futures plantes de son jardin ?.
Planter diversifié, laisser des zones sauvages, conserver le lierre, multiplier les bulbes : autant d’actions simples qui font du jardin un refuge vivant, même en hiver.