Agir contre la dégradation des sols de son jardin

Le sol est un élément central dans le fonctionnement des écosystèmes, que ce soient les forêts, certains espaces agricoles ou encore les jardins particuliers. En effet, c’est grâce aux sols et à la vie qu’ils abritent que peuvent se développer les végétaux, qui sont à la base des chaînes trophiques. Pour un tour complet des sols, vous pouvez consulter cet article : vous comprendrez de quoi est composé un sol, comment il se forme et son importance pour les écosystèmes et les activités humaines.

Malgré leur importance pour la biodiversité, les sols sont bien souvent inconnus ou mal compris, et donc, négligés. L'Homme, avec ses activités toujours croissantes, se les approprie pour les mettre en concurrence entre différents usages : agriculture, sylviculture, routes, extensions urbaines résidentielles, commerciales ou industrielles, etc. Ainsi, les sols sont de plus en plus menacés par plusieurs formes de dégradation liées à leur artificialisation. La loi Climat et résilience de 2021 définit l'artificialisation comme tel : "l'altération durable de tout ou partie des fonctions écologiques d'un sol, en particulier de ses fonctions biologiques, hydriques et climatiques, ainsi que de son potentiel agronomique par son occupation ou son usage". Les dégradations du sol, qui peuvent être naturelles, sont donc considérablement renforcées par l'Homme. Celles-ci incluent l'érosion des sols, le surpâturage, la dégradation des structures, les dégradations chimiques, ou encore la bétonisation.

Coupe d'un andosol | Biosphoto

Nous vous présentons d'abord ces différents types de dégradation des sols, que l'on retrouve à grande échelle sur nos territoires, puis nous parlerons des cas de dégradation des sols au jardin, et les possibilités pour y remédier.

Plusieurs formes de dégradation des sols

Les érosions

L'érosion des sols se définit par le déplacement des particules du sol à sa surface, on peut en distinguer plusieurs types. L’érosion hydrique est un processus naturel par lequel l’eau de pluie détache des particules du sol (lors de l'impact des gouttes) et les emporte par ruissellement. Elle peut varier selon la pente et l'usage du sol. Cette érosion est amplifiée par l'Homme notamment à travers l'agriculture, qui réduit la capacité de l'eau à pénétrer dans les sols, ce qui augmente par conséquent le ruissellement. De plus, les pratiques agricoles induisent souvent une absence de couverture végétale une partie de l'année, ce qui augmente l'action directe de la pluie. Une augmentation importante de l’érosion des sols est observée depuis les années 1950 avec les transformations de l’agriculture (augmentation de la productivité, mécanisation, déforestation, etc.). La quantité de sol érodée chaque année dans le monde est estimée à 5 tonnes par habitant. D’autres études ont estimé que l’on perd 1 mm de sol par an en zone tempérée en moyenne avec l’érosion alors que la vitesse de formation des sols est de 0,1 mm par an.

Érosion du sol dans un champ, Wigborough, Somerset, Royaume-Uni | Rodney Burton, Wikimedia Commons

L’érosion peut aussi être éolienne, auquel cas c’est le vent qui emporte des particules de sol. Ce phénomène est davantage marqué dans les zones arides et péri désertiques, mais on peut également l’observer en zone tempérée. Il est favorisé par l’agriculture, car le labour détache des particules de sol qui peuvent être emportées plus facilement par les eaux de ruissellement

On peut également parler de l'érosion de récolte : c'est lorsque l'on emporte des particules de terre restées attachées aux pommes de terres, carottes, betteraves et autres légumes racines.

Le surpâturage

Le surpâturage correspond à toute pratique de pâturage empêchant la végétation de se régénérer normalement. Cela peut être le cas si on laisse paître trop de bétail trop longtemps sur des terres qui ne peuvent alors pas reconstituer leur végétation, ou si les terres ne sont pas adaptées au pâturage à cause de paramètres physiques, comme la pente. En Mongolie par exemple, 80% de la perte de végétation entre 2000 et 2010 est due au surpâturage à cause de l’augmentation de la taille des cheptels. Le surpâturage a pour conséquences d’affaiblir la végétation des sols et de favoriser l’érosion, ainsi que de tasser le sol (ce qui freine le développement des racines des végétaux). Tout cela mène progressivement à une dégradation forte pouvant mener à une désertification des terres.

La dégradation des structures

La structure du sol est l’organisation des différentes particules du sol entre elles, formant ou non des agrégats. Selon sa structure, un sol présente une porosité plus ou moins importante, qui conditionne les quantités d'eau et d'air disponibles. La structure du sol joue donc un rôle essentiel dans le développement des plantes et de toute l'activité biologique du sol.

Cette structure est largement perturbée par les activités humaines et en particulier l’agriculture, avec le tassement mécanique des sols, autrement dit un compactage par les lourdes machines agricoles. Le tassement entraine une diminution de la porosité des sols, ce qui asphyxie la vie du sol (vers de terres, champignons, bactéries, etc.). On estime que 4% des terres en Europe sont aujourd’hui compactées.

Un sol agricole inondé, du fait de son compactage, canton de Berne, Suisse | Volker Prasuhn, Wikimedia Commons

La salinisation

Le sol peut également être affecté par différentes formes de dégradation chimique, comme la salinisation. Ce phénomène est surtout rencontré dans les zones semi-arides, où l’eau utilisée pour l'irrigation des cultures est souvent un peu salée. Avec l’évapotranspiration (évaporation de l’eau au niveau du sol et transpiration par les plantes), les sels s’accumulent dans le sol. Dans ces mêmes régions, on observe aussi un phénomène de remontée des sels présents en profondeur vers la surface, par capillarité puis évapotranspiration. La salinisation des sols entraîne des conséquences directes sur leur fertilité. On estime que 100 millions d’hectares sont affectés par la salinisation dans le monde, soit 5 fois la superficie de la France.

L'acidification

L'acidification est une autre forme de dégradation chimique. Lorsque la biomasse est exportée d'un système (jardin, champ…) sous forme de récoltes ou de déchet (tonte, feuilles mortes), on exporte en réalité de la matière organique, et donc, des minéraux qui ne retournent pas dans le sol. En l'absence d'apport extérieur (engrais, compost, fumier, paillage), le sol s'appauvrit donc en minéraux, causant un phénomène d'acidification. Ce phénomène s’observe notamment dans les pays du Sud mais l’Europe est également concernée : l’activité biologique est considérée très affaiblie dans 45% des sols européens (sols dits « épuisés » de par leur faible stock de matière organique). Les sols acides sont moins fertiles et moins adaptés à la faune du sol, ce qui peut les rendre stériles au développement de certains végétaux. L’acidification des sols peut également être favorisée par différentes formes de pollution.

La pollution

La pollution des sols correspond à l’accumulation d’éléments minéraux ou organiques, ou de pathogènes dans celui-ci, au point que cela représente un danger pour les organismes vivants ou compromette des fonctions du sol et l’usage que l’on en fait. Il existe plusieurs sources de pollution des sols :

  • Les pollutions d'origine agricole surviennent principalement suite à la fertilisation avec l'utilisation d'engrais phosphatés. Ces derniers, selon leur composition, peuvent mener à une accumulation de cadmium (toxique au delà d'une certaine quantité) dans la partie supérieure du sol. Ce cadmium se retrouve ensuite dans les végétaux cultivés. Parmi les produits de fertilisation nocifs pour le sol, on retrouve aussi les boues de station d'épuration et les lisiers d’élevage, très largement utilisés, qui peuvent contenir des métaux lourds, du cuivre, du zinc… Les pesticides utilisés en agriculture peuvent également pénétrer dans le sol et entrainer une pollution importante.
  • Les pollutions d'origine industrielle englobent les rejets d'éléments polluants comme les métaux lourds, directement dans le sol ou dans l'eau au niveau des sites industriels. Les activités industrielles émettent également des polluants dans l'atmosphère, qui peuvent être ramenés dans le sol avec les pluies. Cette pollution, elle, s'étend géographiquement bien au-delà des lieux d'émission.
  • Les pollutions liées aux transports et les pollutions domestiques participent aussi à la pollution atmosphérique et donc, indirectement des sols. On peut aussi penser aux eaux polluées par les habitations.

Il est important de noter que l’azote ne pollue pas le sol, il est même essentiel à la croissance des plantes, mais il peut avoir des conséquences néfastes lorsqu’il est en surplus, en polluant les eaux (voir notre article concernant les défis de l’eutrophisation et celui sur les surplus d’azote dans les sols).

La bétonisation

Avec l'urbanisation croissante, les sols sont couverts de béton ou d'asphalte pour la construction de routes, de parkings, de zones industrielles, de nouveaux lotissements, d'entrepôts logistiques, etc. Les sols sont ainsi imperméabilisés et rendus stériles de façon quasi irréversible. Cela empêche l'infiltration de l'eau, le développement de la biodiversité du sol, et annule le potentiel agricole des terres. On estime la perte de sol due à la bétonisation à 60 000 hectares par an en France (6 fois la taille de Paris) et à 20 millions d’hectares à l’échelle mondiale, soit à peu près la superficie de la Biélorussie. C'est la forme d'artificialisation des sols la plus forte.

La dégradation des sols des jardins

Les jardins peuvent être des espaces très artificiels. On peut penser notamment aux pelouses en monoculture de graminée, souvent tondues à ras, et dont la tonte finit dans les poubelles de déchets verts. Ou pire : les gazons synthétiques. En ville, les jardins sont pourtant des espaces qui ont un haut potentiel pour accueillir la biodiversité, à commencer par la biodiversité des sols, à condition d'adopter les bonnes pratiques. A la campagne aussi, les jardins peuvent représenter des refuges pour cette biodiversité, surtout dans les grandes régions agricoles dominées par les pratiques conventionnelles.

La pelouse tondue au millimètre, un exemple typique d'artificialisation au jardin | Magda Ehlers, Pexels

Au jardin aussi, il faut donc faire attention à la dégradation des sols. En fonction des pratiques de jardinage, plusieurs formes de dégradation peuvent se produire, mais elles peuvent être évitées :

  • Érosion : en l'absence de couvert végétal, les pluies peuvent détacher des particules de sol et les emporter par ruissellement, notamment sur un terrain en pente.
  • Dégradation de la structure du sol : après une pluie, il faut également faire attention à ne pas piétiner un sol nu tant que l'eau ne s'est pas infiltrée dans le sol, et encore plus sur un sol argileux. En effet, le sol se tasse sous l'action du piétinement, le rendant quasiment imperméable. Sur un sol tassé, vous n'observerez plus que des mousses et des lichens, adaptés à un tel milieu.
  • Appauvrissement du sol et acidification : évitez d'exporter la matière organique de votre jardin, comme la tonte, ou les feuilles mortes. Si les feuilles vous gênent, vous pouvez les broyer en petits morceaux et les restituer au sol, cela accélèrera aussi le processus de décomposition. Vous pouvez aussi y apporter des intrants naturels, notamment du compost ou du terreau (attention aux terreaux contenant de la tourbe, qui sont responsables de la destruction des tourbières), surtout dans un potager, qui perd nécessairement de la matière organique (les fruits et légumes que vous y prélevez). Pensez également au BRF, que nous présentons dans cet article.
  • Pollution : évitez d'utiliser des produits phytosanitaires (y compris la bouillie bordelaise), ou des engrais chimiques, qui peuvent rester dans les sols et polluer l'eau. Il existe également des plantes qui permettent de dépolluer les sols, c’est ce qu’on appelle la phytoremédiation.
  • Bétonisation : la bétonisation par excellence dans un jardin est la construction d'une terrasse en béton. Optez plutôt pour une terrasse en bois ou des graviers, et limitez sa superficie. Pour les allées de jardin, privilégiez du gravier, du bois, ou des pas japonais.

Protéger et améliorer son sol de façon naturelle est une démarche importante pour lutter contre la dégradation des sols à l’échelle du jardin, c’est pour cela que c’est un des gestes de notre charte des Jardins de Noé. N’hésitez pas à aller consulter les bonnes pratiques de jardinage associées à ce geste sur notre page consacrée !

Sources

La dégradation des sols en France et dans le monde, une catastrophe écologique ignorée, Clément Mathieu, 04/11/2020 : https://planet-terre.ens-lyon.fr/ressource/degradation-sols.xml

Dossier Revue de l'INRAE : https://www.inrae.fr/dossiers/peut-encore-sauver-sols

Sur l'artificialisation des sols et l'objectif zéro artificialisation nette (ZAN) : https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/artificialisation-sols

Mis à jour le 29/12/2025
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