A savoir !
Nouvelle reconnaissance “Jardins de Noé” : biodiversité et résilience
Le monde change, et nos jardins aussi.
Toujours articulée autour de 10 gestes, la Charte des ‘Jardins de Noé’ et le dossier de reconnaissance associé font peau neuve afin de mieux répondre aux défis climatiques et mieux protéger le vivant.
Que vous soyez un jardinier amateur passionné ou un gestionnaire d'espaces verts engagé, découvrez les 4 piliers de cette évolution pour transformer vos espaces en véritables refuges de vie.
Jardin de Noé | Jérôme Lesage
1. La naturalité est mise à l'honneur
Un jardin vivant est un jardin qui s’exprime avec une diversité de hauteurs et de couleurs, de belles floraisons et de fructifications généreuses... Nous nous éloignons du concept de "jardin propre" - souvent trop contraint et synonyme de désert biologique - pour privilégier le jardin sauvage et foisonnant, proposant davantage de refuges et de ressources alimentaires pour la faune.
La “gestion différenciée” apparaît donc comme un levier, permettant d’allier une gestion maîtrisée et une gestion plus naturelle, voire totalement en libre évolution afin de concilier les activités humaines aux activités du sauvage.
Laisser des espaces au naturel
Une zone refuge - ou une zone en libre évolution - est un espace sanctuarisé : sans entretien ni fréquentation humaine. C’est l’endroit le plus propice au développement de la biodiversité, là où la nature peut s’exprimer librement. Pourtant, un jardin reste un lieu de vie : on s’y détend, on y joue, on y cultive son potager. L’enjeu est donc de concilier les activités humaines avec le développement de la biodiversité.
Pour cela, adoptez une gestion souple : vous pouvez laisser se développer un coin plus naturel au jardin avec seulement 1 à 2 passages par an pour entretenir la végétation (tailler de manière douce les haies champêtres, faucher tardivement la prairie, etc).
A plus long terme, il sera intéressant d’espacer davantage vos passages d’entretien, car moins vous intervenez, plus vous offrez de chances à la biodiversité locale de s'épanouir durablement.
En laissant la nature s’exprimer de façon spontanée, et en laissant les processus écologiques se dérouler sans intervention humaine (ou presque), vous pratiquez la libre évolution. Cette pratique invite à changer de regard sur le vivant en plaçant l’humain dans un rôle de simple observateur de la nature et de ses dynamiques écologiques.
Allée tondue dans un jardin sauvage, Jardin de la Lande Chevrier| Frédéric Didillon - Biosphoto
Si vous souhaitez en savoir plus : Guide de l’UICN “ La libre évolution : une trajectoire de gestion des milieux naturels”
Valoriser l'existant et les milieux naturels
La végétation existante est souvent bien implantée et mature, les services écosystémiques fournis sont donc, en principe, significatifs. De plus, la faune locale a eu plusieurs années pour repérer et intégrer ces végétaux dans leurs cycles de vie (apport de nourriture, matériaux pour la construction de nids, etc.), il serait donc contre-productif de supprimer ces végétaux.
Avec cette nouvelle Charte, Noé valorise davantage les actions globales visant à créer des milieux écologiques ou des aménagements naturels (mare, haie champêtre, etc.), plutôt que des abris artificiels comme les nichoirs, les gîtes à coccinelles, etc.
Dernier point sur la flore spontanée (celle qui s’invite d’elle-même dans votre jardin) : elle est bien souvent locale. En la laissant s’épanouir dans votre jardin, vous offrez à la faune locale une nourriture avec laquelle elle a co-évolué pendant des siècles.
2. Un geste n°2 valorisant l'ensemble des couverts prairiaux
Il nous paraissait important ici d’élargir le geste n°2 à l’ensemble des prairies, et non plus uniquement les prairies fleuries.
Les prairies jouent un rôle écologique majeur, en constituant des puits de carbone et en abritant une riche biodiversité. En effet, elles offrent une grande diversité d’abris et de ressources alimentaires pour de nombreux animaux, et notamment les pollinisateurs sauvages.
Il existe différents types de prairies, avec des compositions végétales qui varient selon l’hygrométrie, la diversité des sols et des climats, etc. Par exemple, les prairies mésophiles peuvent s'installer sur des sols secs ou frais, tandis que les prairies hygrophiles se développent sur des sols très humides. Un espace enherbé qui n’est pas tondu va naturellement évoluer vers un espace prairial, en accueillant un nombre croissant de graminées et d’espèces apparentées à la prairie naturelle de votre région.
L’esthétique de la prairie entre parfois en conflit avec les usages du site : la gestion différenciée prend alors tout son sens. L’espace prairial devra alors être clairement délimité et signalé, en tondant une bande d’un mètre de large sur ses contours par exemple, ou encore en installant un panneau de communication.
Dans certains cas, des prairies fleuries peuvent constituer des transitions paysagères douces dans un jardin aux scènes et styles variés. Composée de nombreuses plantes mellifères, produisant du nectar et du pollen pour les pollinisateurs sauvages, elles offrent une floraison étalée de mars à septembre.
Allée tondue dans une prairie de hautes herbes France | Biosphoto
3. Un jardin plus résilient face aux enjeux climatiques et écologiques
En 2026, la Charte “Jardins de Noé” évolue pour répondre aux enjeux de la ville de demain.
Un “Jardin de Noé”, c’est un jardin résilient face au changement climatique, aux maladies et aux insectes ravageurs. Si l’absence d’utilisation de produits phytosanitaires reste centrale, la démarche “Jardins de Noé” va aujourd’hui plus loin en proposant des solutions pour planter des essences locales, répondre aux enjeux d’espèces exotiques envahissantes et pour économiser la consommation en eau.
Des essences adaptées et une attention sur les Espèces Exotiques Envahissantes
Pour davantage de résilience, nous encourageons la diversité végétale dans votre jardin. La priorité est donnée aux essences locales, en proposant un seuil de 75% d’essences régionales dans la Charte afin d’obtenir un maximum de points. Cependant, les essences exotiques et horticoles sont aussi valorisées, si elles présentent des caractéristiques intéressantes pour votre jardin (meilleure résistance à la sécheresse, aux maladies, etc.).
Les Espèces Exotiques Envahissantes (EEE) sont l'une des cinq grandes causes d’érosion du vivant d’après l’IPBES. Leur caractère invasif est si important que certaines espèces sont désormais réglementées… Protéger son jardin, c'est aussi veiller à ce qu'il ne devienne pas une source de propagation pour les espèces envahissantes. La gestion des EEE est donc intégrée à la Charte, dans le geste n°7. Il s'agit d'identifier et de suivre l’évolution de ces populations invasives, et de limiter leur propagation avec des méthodes de lutte écologique.
De plus - et pour rappel - nous valorisons et encourageons également la conservation de la végétation existante. La capacité rafraîchissante des végétaux est remarquable et d’autant plus importante lorsque les végétaux sont matures.
Une économie d'eau
Les volets écologiques et économiques de la gestion de l’eau sont aujourd’hui au centre des réflexions à apporter sur notre consommation quotidienne, tendant à réduire ou à supprimer l’arrosage.
Pour commencer, nous tenons à rappeler qu’en choisissant les plantes adaptées au climat et au type de sol de votre site, l’arrosage ne devrait pas être nécessaire (hormis à la plantation, durant les 3 premières années et pendant les épisodes caniculaires).
La mise en place d'un paillage organique, ou de plantes couvre-sol, permet de limiter l’évaporation du sol de manière significative. L’eau contenue dans le sol est donc plus largement redirigée vers les végétaux.
Les récupérateurs d’eau ou encore l'exploitation de la topographie pour rediriger l’eau vers les plantations sont également valorisés au sein du nouveau référentiel.
4. une démarche de suivi de la biodiversité vivement encouragée
Après avoir mis en place pendant des années une gestion écologique, il est important de constater les “résultats obtenus” et donc d’observer la biodiversité présente dans votre jardin. Nous encourageons la réalisation de suivis de biodiversité après quelques années en gestion écologique, afin de suivre l’évolution de la faune et de la flore, et adapter si besoin les modalités de gestion.
Les animaux observés peuvent aussi vous motiver à faire mieux, à aller plus loin et à re-questionner les projets d’aménagements et d’entretien sur le site.
Vous pouvez inventorier et suivre la biodiversité de votre site à l’aide d’écologues professionnels réalisant des inventaires naturalistes, ou encore en réalisant des animations de sciences participatives, comme l'Opération Papillons, BirdLab (oiseaux), INPN Espèces, etc.
Pour les professionnels, cette démarche de suivi n'est pas simplement encouragée mais exigée dans le cadre d'un renouvellement. Noé s’engage ainsi à sensibiliser les organisations et à généraliser cette pratique essentielle.
Opération de sciences participatives BirdLab
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