S'informer : Les Conseils de Noé

Ces fiches conseils expliquent l’intérêt des 10 gestes de la Charte des Jardins de Noé et comment les mettre en pratique.

Toitures végétales et biodiversité

Sous une forme semi naturelle, les toits végétalisés peuvent héberger des communautés de plantes appartenant à des écosystèmes spécifiques. Une diversité de plantes offre des conditions de vie favorables à une faune plus varié. Les systèmes de toitures créent une continuité avec le paysage environnant, il peut se présenter en tant que corridor écologique tout en prolongeant les biotopes sauvages vers l’intérieur de la zone urbaine. Les études montrent que les toitures représentent un véritable avantage à exploiter en terme de biodiversité et intérêt faunistique et floristique.

Afin d’étudier cette question, l’Agence Régionale pour la Biodiversité (ARB) et l’institut d’aménagement et d’urbanisme d’Ile de France ont réalisé depuis 2017 une étude sur l’impact de la végétalisation des toits de Paris. Cette étude s’est basée sur trente-six toitures (situées à Paris et en petit couronne) et dure trois ans, jusqu’à fin 2019.

Cette conférence a été l’occasion d’annoncer les résultats intermédiaires de cette étude baptisée GROOVES (pour Green Roofs Verifed Ecosystem Services). Les protocoles mis en place ont servi à mesurer les effets sur la biodiversité (Plantes, Invertébrés, Mycorhises…). Ainsi que mesurer la qualité des services rendus tels que : la mesure de l’évapotranspiration, du stockage du carbone organique, de la rétention en haut et même du taux d’ETM dans les sols.

Les ETM (Éléments Traces Métalliques) sont naturellement présents dans les sols dont certains  sont indispensables aux plantes.

36 toitures : (le choix de ces toitures a été fait selon l’accessibilité, l’autorisation des propriétaires, la surface, la variété de leur végétation)

–       18 toitures extensive-> Hauteur de végétation : 4cm à 15cm

–       5 toitures semi intensive ->Hauteur de végétation : 15cm à 30cm

–       9 toitures intensives -> Hauteur de végétation : 30cm

–       4 toitures « wild roof » -> Hauteur de végétation : variable et spontanée

Impact sur les invertébrés

Espèces observées : 365 espèces (dont des mollusques, des araignées, des mouches, des punaises, des abeilles, des guêpes, des fourmis, des cloportes, des papillons).

On retrouve beaucoup d’espèces urbanophobes qui tolèrent bien moins le milieu urbain et qui trouvent refuge au sein de friche urbaine (comme le criquet).

7 espèces de papillons ont été observés dont le Moro Sphinx (Macroglossum stellatarum), l’Azuré commun (Polymmatus icarus), le Belle dame (Vanessa Cardui). La présence de ces papillons fait venir leurs prédateurs dont les araignées Xysticus sp.

2 espèces rares d’hyménopteres ont également pu être observé : la fourmi Tapinoma (Tapinoma nigerrimun)et l’hyménoptère (Passaloecus pictus).

L’Helicette carenée (Candidula intersecta) a été aperçu sur 9 toitures et une nouvelle espèce originaire du sud de la France a été aperçue sur une toiture.

 

© Louise Murray / SPL – Science Photo Library / Biosphoto

Les résultats de ce protocole sont comparés à ceux du Suivi Photographique des Insectes POLlinisateurs (SPIPOLL) afin de mettre en comparaison les données sur la mesure de la diversification des insectes en France. Les résultats intermédiaires ont montré que le toitures intensives et semi intensives présentent un attrait supérieur pour les invertébrés. De plus, les interactions qui s’y passent sont comparables à celles des autres espaces verts urbains.

 

Impact sur les plantes

Espèces observées : 260 espèces (dont de l’orpin, un assemblage original de plantes de pelouse sableuses sèches. La Brome de Madrid (Anisantha madritensis), qui est plus présente à son habitude dans le sud qu’en Ile de France, est observée sur 16 toitures. L’Ornithope comprimé (Ornithopus compressus) a également été observé sur certaines toitures alors que cette dernière est considérée en présence probable en IDF selon la classification de l’INPN et est confirmée présente dans tout le Sud de la France. On constate que de nouveaux écosystèmes se forment avec des espèces emblématiques d’autres régions. On peut classifier ces espèces de voyageuses. Les résultats sont comparés au protocole de Vigie-flore et florilèges. On constate environ 17 espèces en moyenne par toitures et un peu plus de 70% des plantes sont des espèces qui ont poussées spontanément. La diversité des plantes sur les toitures est importante mais variable. 3 toitures ont vu leur diversité augmentée entre 2017-2018. On constate qu’à partir d’une hauteur de substrat de 27cm, la diversité florale n’augmente plus.

Même si on peut penser que la biodiversité est plus présente au sein de toitures intensives et semi-intensives on retrouve des espèces rares sur les toitures extensives. Elles jouent toutes un rôle en termes d’accueil d’espèces et indicatrices de biodiversité.

On constate également une forte présence de la biomasse microbienne ainsi que la présence de champignons. Nous sommes en contact d’un habitat qui subit un stress différent que celui des autres espaces verts urbains. Nous retrouvons des plantes bio-indicatrices qui décèlent la présence d’ETM sur 6 toitures sur 36 toitures. Il y a de la vie dans les sols des toits parisiens.

Les scientifiques ont également constaté que par rapport au type de substrat des toitures, certaines stockent également plus d’eau que la moyenne des espaces verts urbains. 14 toitures sur 36 ont pu stocker la capacité d’une pluie décennale sur plusieurs semaines. Reste à poursuivre l’étude pendant encore un an, à évaluer le potentiel de rafraîchissement. Des mesures d’évapotranspiration des plantes sont en cours.

 

Bibliographe :

  • Conférence ARB Ile de France, « La toiture végétalisée, véritable écosystème urbain», Animée par Audrey MURATET et Maxime ZUCCA
  • DUNNETT et N.KINGSBURY, TOITS ET MURS VEGETAUX, édition ROUERGUE, 2008
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