S'informer : Les Conseils de Noé

Ces fiches conseils expliquent l’intérêt des 10 gestes de la Charte des Jardins de Noé et comment les mettre en pratique.

Pollution lumineuse

Parce que la biodiversité n'a pas peur du noir !

A la suite du Jour de la Nuit, revenons plus en détail sur les impacts de la pollution lumineuse chez nos amis (végétaux et animaux) et les solutions à mettre en place dans votre jardin.

Qu’est-ce qu’on appelle pollution lumineuse ?

La pollution est constituée d’un altéragène biologique (facteur d’altération d’un organisme vivant), physique ou chimique (vocabulaire normalisé AFNOR) qui provoque une gêne passagère, durable ou à un effet long terme. La pollution lumineuse peut se définir comme étant alors une « gêne » produite par la lumière artificielle dont l’impact altère notre environnement au sens large (impact sur paysage nocturne, impact sur la faune et de la flore, impact sur l’Homme, impact sur les ressources énergétiques, impact sur les observations astronomique).

Selon l’ADEME (l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie), les 11 millions de points lumineux qui constituent le parc d’éclairage public produisent une puissance d’environ 1300 MW, soit la puissance délivrée par une tranche nucléaire récente à pleine charge. L’éclairage public correspond à 41% de la consommation d’électricité des communes et a émis 670 000 de CO2 . Sans oublier que la pollution lumineuse augmente de 6% par an à travers le monde !

Quels sont ses impacts sur la biodiversité ?

La pollution lumineuse perturbe de manière significative la biodiversité et les écosystèmes. La lumière artificielle affecte la vie des espèces nocturnes, crépusculaires (actives le soir comme le matin et qui demeurent cachées le reste du temps), cathémérales (active de nuit comme de jour) mais aussi diurnes. En effet la lumière artificielle agit sur les relations proies-prédateurs, influence les déplacements, la reproduction et même la communication. La pollution lumineuse menaces les papillons (comme l’Autographa gamma qui est un papillon de nuit qui se camoufle sur du bois vermoulu) qui, est une espèce parapluie.

© Tanguy Stoecklé / Biosphoto

Certaines proies deviennent visibles et donc vulnérables. Outre le fait que l’impact sur ces populations se traduit par une fuite de certains milieux, on peut constater également que le comportement des prédateurs est modifié car nous constatons une baisse notable de la compétition entre espèces, qu’elle soit animale ou végétale. Les végétaux souffrent aussi de la lumière artificielle qui ne procure pas les mêmes qualités (contrairement à ce que l’on pourrait penser) que l’énergie pour la photosynthèse. Par ailleurs, ils ont l’impression de ne plus dormir, ainsi leurs molécules synthétisées le jour, se synthétisent la nuit avec la présence constante de lumière. C’est un rythme épuisant pour les végétaux qui peut s’avérer mortelle. Ils perdent également la notion du temps ; les arbres éclairés ne perdent donc plus leur feuillage et les insectes pollinisateurs ne s’approchent plus de ces zones sensibles et exposées à la lumière artificielle.

Quels sont ses impacts sur l’habitat ?

L’éclairage urbain constitue une fragmentation des habitats et du territoire. De plus en plus d’écosystèmes sont fuis par les espèces lucifuges en raison d’éclairage présent sur le bord des routes en campagne. Au même titre que les barrières physiques, on utilise le concept de « trame noire » pour désigner cette barrière lumineuse qui provoque des effets d’attraction et/ou de répulsions constituant un obstacle. Les faisceaux lumineux ont également des impacts sur le trajet migratoire des oiseaux modifiant leur trajectoire et leur destination. L’exemple des tortues de mer attirées au départ par le reflet nocturne de la lune sur l’eau détournent leur chemin vers les lumières artificielles du continent.

© Christophe Suarez / Biosphoto

Que dit la réglementation aujourd’hui ?

La loi Grenelle 1 prévoit que le ministre peut interdire ou limiter le fonctionnement par arrêté, à titre temporaire ou permanent, de certaines sources lumineuses au regard de leur nature ou des caractéristiques locales. Ces arrêtés sont pris après avis du Conseil national de la protection de la nature et ne peuvent concerner que :

  1. Les installations lumineuses telles que les skytracers (canons à lumière), dont le flux est supérieur à 100 000 lumens, ou les faisceaux de rayonnement laser, qui peuvent générer d’importantes nuisances lumineuses sur l’environnement nocturne de par leur intensité lumineuse ou la visibilité à grande distance de leurs faisceaux ;
  2. Les installations lumineuses situées dans les espaces naturels protégés désignés en annexe du décret et les sites d’observation astronomique exceptionnels, ces sites étant par définition sensibles aux impacts de la lumière nocturne.

L’arrêté du 25 janvier 2013 est le premier texte concernant à la fois l’éclairage intérieur émis vers l’extérieur des bâtiments non résidentiels (vitrines de commerces, bureaux…) et l’éclairage des façades de ces mêmes bâtiments qui encadre les horaires de fonctionnement de ces installations. Une règle générale d’extinction est fixée, se déclinant de différentes manières selon le type d’application d’éclairage concerné :

  1. Les éclairages intérieurs de locaux à usage professionnel doivent être éteint une heure après la fin d’occupation desdits locaux ;
  2. Les éclairages des façades des bâtiments sont éteints au plus tard à 1 heure ;
  3. Les éclairages des vitrines de magasins de commerce ou d’exposition sont éteints au plus tard à 1 heure ou une heure après la fin d’occupation desdits locaux si celle-ci intervient plus tardivement.

Les règles qui encadrent l’horaire de rallumage de ces éclairages sont également spécifiées :

  • Les éclairages des vitrines de magasins de commerce ou d’exposition peuvent être allumés à partir de 7 heures ou une heure avant le début de l’activité si celle-ci s’exerce plus tôt ;
  • Les éclairages des façades des bâtiments ne peuvent être allumés avant le coucher du soleil.

En ce qui concerne les façades et les vitrines, le texte prévoit que les préfets peuvent déroger aux dispositions citées, en particulier, la veille des jours fériés chômés, durant les illuminations de Noël, lors d’événements exceptionnels à caractère local définis par arrêté préfectoral et dans les zones touristiques d’affluence exceptionnelle ou d’animation culturelle permanente.

Selon l’article L.583-2 du code de l’environnement, l’autorité compétente pour s’assurer du respect de ces dispositions est d’une manière générale le maire, sauf en ce qui concerne l’éclairage des bâtiments communaux pour lesquels la compétence échoit au préfet.

La loi de transition énergétique (article 189)

Les nouvelles installations d’éclairage public sous maîtrise d’ouvrage de l’Etat et de ses établissements publics et des collectivités territoriales font preuve d’exemplarité énergétique et environnementale conformément à l’article L. 583-1 du code de l’environnement.

La loi biodiversité

Les paysages nocturnes font partie du patrimoine commun de la nation (L.110-1 du code de l’environnement). Il est du devoir de chacun de veiller à la sauvegarde et de contribuer à la protection de l’environnement, y compris nocturne. (L.110-2 du code de l’environnement).
L’introduction directe ou indirecte de sources lumineuses d’origine anthropique fait partie des sources de pollution du milieu marin (L 219-8 du code de l’environnement).
Les objectifs de qualité paysagère mentionnés à l’article L.333-1 (parcs naturels régionaux) visent également à garantir la prévention des nuisances lumineuses définie à l’article L.583-1.

Connaitre la loi et l’appliquer est une démarche essentielle et un bon départ pour limiter la pollution lumineuse.

Selon l’Ademe, les économies d’énergie attendues représentent 2 TWh par an, soit l’équivalent de la consommation électrique annuelle (hors chauffage et eau chaude) d’environ 750 000 ménages. Cette disposition permettra également d’éviter l’émission chaque année de 250 000 tonnes de CO2.

En tant que jardinier comment s’adapter à la vie nocturne ? (a reformuler)

  • Adapter votre équipement à la nuit : Accessoires phosphorescent à haute visibilité lors de balade à pied ou à vélo pour vous et vos animaux (gilet, collier, réflecteur)
  • Choisir un éclairage à détecteur de présence, orienté vers le bas dans votre jardin.
  • Choisir des éclairages avec lumière jaune-orangé plutôt que blanche (ex : Lampe sodium)
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