S'informer : La biodiversité des jardins

Animaux, plantes et habitats font la richesse de votre jardin et participent à son équilibre et à son esthétisme. Cette rubrique vous permet de mieux connaître cette biodiversité et vous donnera des conseils pour l’accueillir dans votre jardin !

Les plantes carnivores et protocarnivores, ressources pour le jardin !

Le sol est l’endroit où l’on retrouve l’essentiel des ressources alimentaires pour les plantes : sel minéraux, oligo-éléments, eau… Les plantes carnivores et protocarnivores vivant dans des sols pauvres, elles vont donc chercher par le biais d’un régime particulier, les éléments nutritifs qui leur manquent. Pour cela, elles font preuve d’une intelligence qui a longuement été controversée par les naturalistes.

Un peu d’histoire

En 1754, John Ellis, un naturaliste irlandais a donné le nom à la Dionée attrape-mouches (Dionaea muscipula). Il a été le premier à décrire cette plante comme manifestant une nature carnivore. Par définition, une plante carnivore est une plante capable de digérer des insectes et/ou autres petits animaux. Pour Ellis, après quelques observations, la plante chassait : « la fermeture des feuilles forme en effet un mécanisme destiné à capturer de la nourriture ; en son centre un appât sert à attirer le malheureux insecte destiné à devenir sa proie. Une multitude de petites glandes rouges revêtent sa paroi interne et sécrètent, selon toute probabilité, une douce liqueur qui incite l’animal à le goûter, dès que les pattes de ce dernier entrent en contact avec ces parties sensibles, les deux lobes de la feuille se redressent, le saisissent rapidement et le serrent entre leurs rangées d’épines jusqu’à ce que mort s’ensuive. En outre, afin d’éviter que la créature ainsi emprisonnée puisse réussir dans sa tentative de fuite, trois petites épines très raides, fixées au centre de chaque lobe parmi les glandes, rendent vains tous ses efforts. ».

Crédit photo : Fred Muller / Biosphoto – Reste d’une tipule dans une Dionée attrape-mouche ; Jardin Botanique de Lyon

C’est ainsi que pour le naturaliste irlandais, la plante était capable de chasser à des fins vitales. Mais pour Carl von Linné, naturaliste suédois, la plante répondait seulement à un stimuli tactile lié à des mouvements involontaires ; et ne pouvait donc pas être considérée comme carnivore mais plus comme sensitive, comparée à la Mimosa pudica, réagissant au toucher. En 1875, Darwin publie l’ouvrage Insectivorous Plants, afin de convaincre la communauté scientifique qu’il est préférable de parler de plantes insectivores pour ces plantes : une première transition vers l’appellation de plante carnivore. A l’époque il était difficile d’admettre qu’un végétal était en capacité de chasser et d’avoir un régime alimentaire carnassier. L’habitat et l’évolution explique aujourd’hui pourquoi ces végétaux suivent un tel régime. Ces plantes viennent de milieux humides, situés dans des terrains marécageux et des tourbières, où l’azote, un gaz indispensable à la vie et d’une importance fondamentale dans la production des protéines, est quasiment absent. Le sol ne pouvant satisfaire leur besoin d’approvisionnement, elles ont dû s’adapter et ont utilisées les ressources disponibles grâce à l’air. Au fil du temps, elles ont modifié la forme de leur feuilles, transformées ainsi en véritables pièges susceptibles d’emprisonner ces petits réservoirs volants que sont les insectes.

Des plantes qui intriguent

Les plantes carnivores ne se contentent pas seulement de capturer et tuer leur proie.

Elles ont évolué afin de modifier la fonction de leur feuille. Elles ont mis en place un système de digestion servant à assimiler les sels minéraux que contiennent leur proie. Les plantesproduisent alors des enzymes qui dégradent les chairs, avec l’aide de bactéries. Cet apport animal est donc un complément qui leur permet de coloniser de nouveaux milieux et répondre à leur besoin. Pour chasser, les plantes carnivores ont des techniques bien à elles, et contrairement à ce que pensait Linné elles ne dépensent pas d’énergie inutilement. La dionée par exemple se referme que lorsque l’animal se présente au centre de sa feuille.

La dionée attire les insectes grâce au nectar qu’elle procure. Le phénomène de fermeture des feuilles est un phénomène électrochimique qui est déclenché par contact successif avec des poils sensitifs. Autre plante carnivore, la Rossolis à feuilles rondes (Drosera rotundifolia), qui attire ses proies par des pièges brillant évoquant la rosée. Ce sont alors des terminaisons collantes qui piègent l’insecte. En essayant de prendre la fuite, l’insectes, par ce mouvement s’englue de plus en plus ce qui provoque le repliement des feuilles de la plante. Ainsi la proie amenée au centre de la feuille est digérée.

Crédit photo : Benoît Personnaz / Biosphoto – Rossolis ‡ feuilles rondes (Drosera rotundifolia) avec une larve d’insecte prise au piËge, tourbière du Forlet, Alsace, France

Le Népenthe (Nepenthes truncata) est également une plante qui piège ses proies de manière passive. La proie attirée par les bords de la plante odorants et sucrés, tombe dans l’urne (feuille en forme de poche) de la plante et se trouve dans l’incapacité de s’en libérer et de remonter les parois. Les Népenthes et les Droséras sont des exemples de plantes à pièges passifs.

Les plantes carnivores et protacarnivores, profiteuses et auxiliaires au jardin

Darwin avait vu juste, la plupart des plantes carnivores sont insectivores. La Dionée mange des mouches, des papillons et autres insectes volants qui passent à sa portée. Mais elles n’ont pas toutes le même régime. En effet les plantes du genre Genlisea se nourrissent de protozoaires, c’est-à-dire des micro-organismes présents dans l’eau. En fonction du piège, les proies sont variées, les Népenthes sont des plantes carnivores remarquables, car elles peuvent attraper des batraciens ou encore de petits mammifères comme des rats ou des souris. En 2006, dans le jardin botanique de Lyon, une souris a été retrouvée morte dans le piège d’une Népenthe (Nepenthe truncata). Récemment une Dionée (Dionaea muscipula) est parvenue à capturer un malheureux petit lézard. De passage sur la feuille en forme de mâchoire, il a touché à 2 reprises les poils sensitifs disposés à sa surface et a déclenché instantanément le piège.Un jardinier présent au moment de la capture raconte que le lézard est entré entièrement dans le piège. Lorsque celui-ci s’est refermé, le lézard s’est débattu, stimulant encore plus la fermeture du piège. Il est parvenu à dégager une partie de son corps, mais est mort étouffé, la tête coincée. De nombreuses espèces se servent d’animaux pour leur besoin mais également en pensant aux autres. Sur certaines plantes, comme le Paulownia tomentosa, il est possible de trouver de petits insectes morts. Dans ce cas la plante ne les digère pas, mais elle s’en sert autrement : les cadavres de ces insectes finissent par tomber sur le sol, ils se décomposent et procurent de l’azote, profitable à la plante, au sol et aux champignons alentours. Quant à ce qu’il reste sur les feuilles, ils nourrissent les bactéries qui s’y trouvent. Les chercheurs ont qualifié ces plantes de protocarnivores. Les plantes carnivores participent donc à la régulation naturelle des écosystèmes et des espèces. L’extension des cultures et de l’urbanisation détruisent l’habitat et le fragmente, compromettant les diversités des populations.

Crédit photo :© Frédéric Didillon / Biosphoto – Sarracènes dans un jardin

Il existe près de 600 espèces de plantes carnivores, dans le monde. Sur le territoire nationale, il existe 400 espèces.  Dans certaines régions de France (Centre et Bourgogogne, PACA et Picardie), les plantes carnivores de la famille des Droséracées sont aujourd’hui en danger. (Source INPN)

En culture horticole, les plantes carnivores peuvent être cultivées aussi bien à l’intérieur que dans le jardin. Préférant les terres acides comme la tourbe ou encore la sphaigne et une constante humidité, elles sont à exposer en plein soleil et doivent être arrosées avec une eau non calcaire.

Bibliographie :

  1. MANCUSO, VIOLA. L’Intelligence des plantes. Albin Michel, 240p (2013)
  2. PRAT et al.Biologie végétale : Nutrition et métaolisme, 256p (2017)
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