S'informer : La biodiversité des jardins

Animaux, plantes et habitats font la richesse de votre jardin et participent à son équilibre et à son esthétisme. Cette rubrique vous permet de mieux connaître cette biodiversité et vous donnera des conseils pour l’accueillir dans votre jardin !

Le Noisetier, un arbuste réservoir de biodiversité

Le pollen du noisetier attire de nombreux pollinisateurs l’hiver car c’est un des seuls arbrisseaux qui fleurit à cette période de l’année. Mais il a bien d’autre vertus : sa présence favorise également la richesse et l’abondance de la faune et de la flore alentours. C’est un véritable refuge et réservoir de la biodiversité à travers toutes les saisons.

Le noisetier, un arbuste utile au jardin

Originaire d’Europe, le noisetier était autrefois appelé « coudrier » en raison de son nom latin Corylus. Mais le nom de cet arbuste viendrait étymologiquement du grec, et plus précisément du mot « korus », signifiant le casque et rappelant l’involucre qui coiffe la noisette.

Le noisetier est un arbuste buissonnant pouvant atteindre 4m de hauteur. Sa croissance est rapide et son feuillage caduc. Son écorce d’un brun-jaune se détache en fines lamelles lorsque le sujet est jeune.

En grand nombre, il peuple ce qu’on appelle les coudraies (lieu planté de coudrier/noisetiers). Il existe 15 cultivars de noisetiers.Ses fruits riches en vitamines B et E, en magnésium et en fibres en font un arbuste fétiche des amateurs de fruits secs. Mais saviez-vous aussi que ses fleurs représentent un véritable potentiel en hiver ?

© Muriel Hazan / Biosphoto

Un peu de biologie : le noisetier est une espèce monoïque, c’est-à-dire une espèce qui porte les fleurs mâles et femelles. Le noisetier fleurit de janvier à mars. Les chatons des fleurs mâles sont jaunes et apparaissent à la base des rameaux par groupe de 2 à 4 chatons longs de 4-5cm. Ce sont les fleurs mâles qui produisent le pollen, quant aux fleurs femelles elles deviennent des noisettes. Les fleurs femelles apparaissent entre février et avril et se présentent aux extrémités des bourgeons foliaires, en se manifestant par des stigmates rouges, dressés et sessiles.

Le noisetier à une fécondation anémophile, c’est-à-dire que la fécondation se réalise par le pollen est dispersé par le vent. Comme les fleurs mâles s’épanouissent avant les fleurs femelles, la fécondation par un même arbuste est difficile. Si l’on cherche à avoir des fruits au mois d’aout dans son jardin, il est préférable de favoriser une pollinisation croisée, c’est-à-dire planter au moins deux variétés de noisetiers côte à côte.

Noisetier ou Coudrier (Corylus avellana), pollinisation au printemps, fleurs femelles et fleurs mâles, pollen soufflé par le vent, sous-bois, Territoire de Belfort, France © Denis Bringard / Biosphoto

Le pollen est profitable aux insectescomme les abeilles à miel (Apis mellifera) ou les syrphes (Syrphus ribesii). Lorsque les espèces hivernent, elles ralentissent leur métabolisme mais sont quand même capable d’aller à la recherche de nourriture si elles en ont besoin. Avoir un allié comme le noisetier profite donc aux espèces en hiver.

La sittelle torchepot (Sitta europea) réputée pour faire des réserves de nourritures dans des crevasses, utilise le noisetier pour ses noisettes. Elle cache graines et noisettes dans les crevasses du noisetier qu’elle mangera en période de disette. Au printemps, elle retournera à sa nourriture habituelle : insectes, larves, chenille, coléoptères lorsqu’elle se fera moins rare.

Le phasme à tiare (Extatosoma tiaratum) qui se camoufle dans l’arbuste afin de se cacher des prédateurs, est un insecte phytophage : Il raffole des feuilles du noisetier au printemps.

Sitelle torchepot (Sitta europea) avec une noisette sur un tronc d’arbre © Muriel Hazan / Biosphoto

Le noisetier, intéressant pour la lutte biologique

Au printemps, le noisetier fera office d’auberge pour les pucerons. Les pucerons spécifiques aux noisetiers comme le puceron jaune (Myzocallis coryli) et le grand puceron du noisetier (Corylobium avellanae) attirent les auxiliaires et prédateurs comme la coccinelle à damier (Propylea quatuordecimpuntata) et certains hyménoptères parasitoïdes.

Les parasitoïdes sont des insectes qui vivent aux dépens d’autres insectes – que l’on appelle « hôtes ». Ils se développent sous différents stades de développement en se nourrissant de leur hôte. L’hyménoptère pond alors un œuf dans le corps du puceron, qui va tuer petit à petit son hôte et s’échapper au stade adulte. L’intégration du noisetier dans le paysage favorise alors la lutte biologique(réduction de population de ravageurs) et en fait une plante fascinante pour l’agroécologie.

Hyménoptère parasitoïde pondant dans un Puceron © Jean-Claude Malausa / Biosphoto

Une essence améliorante au jardin

Dans le sol, les racines du noisetier vivent en symbiose avec certains champignons. Il s’avère un véritable arbre hôte pour une grande variété d’espèces de truffes. Dans le Centre de la France, on retrouve souvent quelques truffes de Bourgogne (tuber uncinatum) au pied des noisetiers et dans le Sud-ouest et région méditerranéennes ce sont plutôt des truffes noires (Tuber melanosporum).

Le noisetier favorise aussi l’abondance et la richesse de la flore forestière. Une étude1faite sur la biomasse des noisetiers en Estonie montre que la strate herbacée est significativement plus élevée sous les noisetiers. Sur 34 espèces herbacées, près de 15 espèces/m2ont ainsi été répertoriés sous les noisetiers ; 11 espèces/m2 dans les microsites ouverts et 8 espèces/m2sous les épicéas.

De plus ils ont remarqué que les jeunes plants de chêne ou de frêne issus de la germination de graines ne se trouvaient que sous les noisetiers suggérant que ces derniers favorisent la régénération naturelle des autres feuillus.

Les feuilles de noisetier sont très bénéfiques pour le compost. C’est une essence aux feuilles légères, préférant les sols pauvres en lignine (un composé qui se décompose que très lentement). Le noisetier est une essence dite améliorante : ses feuilles mortes activent les processus bactériens et libèrent rapidement des sels minéraux utilisables. La litière assure alors une nourriture optimale pour les vers de terre épigés. Planter des noisetiers dans son jardin ne peut apporter que des avantages pour la biodiversité surtout si vous êtes friand de noisettes !

 

 

Bibliographie :

  1. Positive association between understory species richness and a dominant shrub species (Corylus avellana) in a boreonemoral spruce forest. Kadri Koorem∗, Mari Moora. Forest Ecology and Management 260 (2010) 1407–1413
  2. Zoom nature, Le noisetier, un parapluie pour la flore forestière (2016)
  3. ACTA (1999), les auxiliaires entomophages
  4. INRA (1992), La lutte biologique, Dossier de la cellule environnement n°5
Partagez sur les réseaux sociaux :

Donnez votre avis