S'informer : La biodiversité des jardins

Animaux, plantes et habitats font la richesse de votre jardin et participent à son équilibre et à son esthétisme. Cette rubrique vous permet de mieux connaître cette biodiversité et vous donnera des conseils pour l’accueillir dans votre jardin !

La chèvre des fossés, bien utile pour l’éco pâturage !

La chèvre des fossés est une race caprine française de l’Ouest. Elle est originaire de Bretagne et on la rencontre aujourd’hui en Picardie, dans le Nord pas de Calais, en Haute Normandie, en Basse Normandie, dans le Centre, en Ile de France et bien sûr en Bretagne. C’est une race en voie de disparition mais de plus en plus connue de nos jours pour sa capacité à entretenir des espaces verts à contrainte, notamment par le biais de l’éco pâturage.

L’histoire de « La vache du pauvre »

La chèvre des fossés est connue pour son adaptabilité à tous les milieux. Au XIXème siècle elle est élevée pour son lait, sa peau et sa viande. Elle est décrite comme « la vache du pauvre ». Gardée par des enfants, on l’attachait à un piquet où elle entretenait les talus et les fossés dont elle se rassasiait.

Crédit photo : ASP chèvre des fossés

Au XXème siècle, les habitant de Jobourg et de Beaumont-Hague laissaient leurs animaux libres sur la falaise de Jobourg et revenaient tous les ans voir leur troupeau. Le biotope de cette région est une succession de 5 à 6 criques enclavées constituées de falaises abruptes et d’une vallée plus protégée qui s’enfonce dans les terres et où coule un ruisseau. L’ancienne pratique fut abandonnée au cours du temps et le troupeau devient complétement sauvage vers les années 1975.

En 1995, le conservatoire du littoral de la Manche (SYMEL) devient propriétaire du troupeau par défaut. L’Institut de l’élevage (Idele) commence à parler de la Chèvre des Fossés. Malheureusement en 2008, le troupeau sauvage (25boucs et 3chèvres) disparait pour cause de noyade dont les éléments conduisant à ce drame restent inconnus (chien, loups, humains…). Une seule femelle et ses deux petits ayant survécu, une tentative de réintroduction avec des animaux du même environnement a été faite, néanmoins les animaux réintroduits ont malheureusement disparus rapidement.

De nos jours le sang de ce troupeau fondateur coule dans les veines de nombreuses chèvres des fossés grâce aux prélèvements effectués par le conservatoire du littoral (certains animaux étant même de généalogie 100% sauvage) et par les saillies faites sur la falaise en 1996 sur 3 chèvres.

En 2004, la race est reconnue officiellement par le ministère de l’Agriculture (code 44). En 2007, l’Association de Sauvegarde et de Promotion de la Chèvre des Fossés est créée et en 2014elle reçut le Prix de la Fondation du patrimoine pour l’agro-biodiversité animale. On décompte aujourd’hui moins de 1000 individus.

Atout de la chèvre des fossés

La chèvre des fossés est une race de taille moyenne pesant 40kg pour les chèvres et 60kg pour les boucs. Le poil et les cornes caractérisent cette race : la chèvre des Fossés a un pelage plus ou moins long. En hiver, elle est souvent pourvue d’une épaisse toison en hiver. Sa robe est très variée et peu prendre toutes les couleurs possibles. Ses cornes sont arquées en arrières. Celles des boucs sont longues et robustes.

Crédit photo : ASP chèvre des fossés

La chèvre des fossés a beaucoup d’atouts. D’abord elle s’adapte à tous les milieux, elle ne craint pas l’humidité et est parfaitement adaptée au climat océanique. Elle a une alimentation très simple et des besoins en fourrages variant entre 300 et 425kg de matières sèches par chèvre par an (moins que d’autres races de caprins). Elle permet une bonne valorisation des ressources fourragères grossières et des ligneux. Elle est rustique et résistante aux maladies fongiques (elle résiste très bien au piétin). En région parisienne elle est utilisée en éco pâturage du fait qu’elle soit une espèce très docile, familière. C’est pourquoi elle respecte les espaces clos et sa présence dans les lieux publics est bien tolérée.

L’éco pâturage est une solution alternative de gestion écologique des milieux par les herbivores. On peut rencontrer différents prestataires : les éleveurs et les entreprises privées. Ils mettent à disposition leur cheptel et le récupèrent lors de la période hivernale.

Elle est présente sur des sites tel que le Jardin des Tuileries où elles s’occupent de « tondre » les fossés conservés par Napoléon III. Au XIXéme siècle ces derniers matérialisaient les limites de son jardin privée par rapport au jardin public. (Source : Floriane Guilhaire lors de la visite du site pour le colloque Biodiversité et patrimoine).

Chèvre des fossés dans le jardin des Tuileries
Crédit photo : Solange Puijalon

Des villes, comme la ville de Champagne sur Seine (77), ont opté pour l’éco pâturage à cause de sites à gestion compliquée : coteaux de la SNCF, parc en pente. C’est sur une surface de 47 000m2 que plusieurs chèvres des fossés et boucs entretiennent la ville.

L’éco pâturage permet le retour de la biodiversité à toutes les échelles. Contrairement à d’autre espèces, la chèvre des fossés permet le :

  • Retour de la vie du sol : bactéries et insectes coprophages
  • Retour des oiseaux insectivores
  • Retour floristique indigène
  • Lutte contre la renouée du japon
  • Lutte contre le buddleia, cornus, etc
  • Lutte contre les ronces, orties, etc

Cette méthode de gestion ne doit pas être seulement vue comme un aspect pédagogique et naturel. Elle nécessite de l’attention et du suivi : obligations sanitaires strictes pour les animaux, visites vétérinaires, tonte, adaptation de l’espace et du nombre d’animaux en fonction de l’état de la pâture, contrôle de l’état du sol et des clôtures, contrôle de l’accouplement et des gestations, suivi de l’état des abris, abreuvoirs…

Bibliographie : ASP Chèvre des fossés (Association pour la sauvegarde et la protection de la chèvre des fossés)

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